Informations supplémentaires :Ces coupelles en émaux peints illustrent l’échange des traditions artisanales entre l’Orient et l’Occident. La technique de l’émail peint sur métal fut introduite en Chine au début du XVIIIᵉ siècle, sous le règne de l’empereur Kangxi, grâce aux contacts avec des missionnaires et artisans occidentaux. Les jésuites présents à la cour impériale de Pékin jouèrent un rôle décisif en initiant les ateliers chinois à l’émaillage de style occidental vers 1710–1720. D’abord adoptée au sein des ateliers impériaux – où Kangxi puis Yongzheng commandèrent des pièces inspirées des émaux européens – la technique se diffusa ensuite à Canton (Guangzhou), grand port méridional ouvert au commerce étranger. Dès les années 1720–1730, Canton produisait ses propres émaux peints sur cuivre, parallèlement aux porcelaines d’exportation pour lesquelles la ville était déjà renommée. Sous le règne de Qianlong, la production atteignit son apogée : elle bénéficia de la palette famille rose (introduite vers 1720), qui élargit la gamme chromatique, et répondit à une demande croissante, tant de la cour Qing que des marchés d’exportation.
Les scènes représentant des figures européennes apparaissent fréquemment sur les émaux peints sur cuivre en Chine. Cet intérêt pour l’imagerie occidentale se manifeste tout au long du XVIIIᵉ siècle et se retrouve tant sur la porcelaine que sur les émaux peints. En 1712, le père d’Entrecolles remarquait : « Les mandarins, qui connaissent le génie des Européens pour l’invention, m’ont parfois demandé de faire venir d’Europe des dessins nouveaux et curieux, afin de montrer quelque chose d’inhabituel à l’Empereur. » Dans les émaux peints sur cuivre, les Européens sont généralement représentés avec des cheveux roux, bruns, ou parfois blonds, souvent montrés dans des scènes de loisir au sein de paysages de jardins chinois ; les décors d’intérieur apparaissent plus rarement.
Les émaux peints sur cuivre suscitent l’admiration en Occident du fait de leur éclat et de leur exotisme, et sont considérés comme des raretés orientales enchantant les amateurs européens Pour autant, ils n’ont jamais constitué une marchandise d’exportation de masse. En effet, les autorités Qing interdisaient l’exportation du cuivre, métal monétaire stratégique, ce qui empêchait les compagnies européennes d’inclure officiellement ces objets dans leurs cargaisons. De ce fait, la plupart des émaux sur cuivre quittèrent la Chine par des voies privées ou semi-clandestines : ils étaient acquis sur place par des marchands, capitaines ou passagers et expédiés discrètement en Europe, à leurs risques et périls.
La maîtrise requise pour produire de tels émaux est considérable : chaque pièce, en cuivre fin, était façonnée puis recouverte de couches d’émail vitrifiable et cuite à multiple reprises à haute température pour fixer les couleurs – un procédé délicat où le moindre défaut pouvait faire craqueler ou éclater l’émail. Le décor minutieux polychrome, appliqué au pinceau fin, démontre l’habileté des artistes chinois à produire des œuvres d’art miniatures d’une précision admirable. Destinées à un usage décoratif plutôt que fonctionnel, ces coupelles relevaient davantage de l’objet de luxe que l’on expose dans un cabinet de curiosités ou sur un buffet que du service de table ordinaire.
La scène est proche d’une estampe d’Antoine Watteau (1684-1721), Figures de différents caractères (femme à sa toilette, un abbé près d’elle) gravée en 1728 par J. Audran et F. Chéreau à Paris (BNF, FOL-DB-15 (D, 6)).
