Deux compte-gouttes en biscuit famille verte en forme de buffle. Chine, Kangxi

Ces deux figures représentent des buffles d’eau debout portant sur leur dos des enfants allongés. Elles sont décorées dans la palette de la famille verte. Les animaux sont modelés avec un sens prononcé du naturalisme, présentant des corps trapus, des encolures puissantes, des cornes recourbées et des mufles largement ouverts. L’un des buffles est recouvert d’une glaçure jaune ocre nuancée de brun, tandis que l’autre est revêtu d’une glaçure vert profond, avec des sabots noirs. Chaque buffle lève la tête et tourne son regard vers la droite, mouvement repris par l’enfant installé sur son dos.

Les enfants, réalisés en biscuit partiellement émaillé, présentent des visages arrondis et souriants, offrant un contraste doux avec la vigueur des animaux. L’eau s’écoule par la bouche du buffle grâce à un orifice d’aération discrètement percé dans le dos, juste sous l’enfant, confirmant leur fonction de compte-gouttes à eau. Les figures reposent sur de petites bases rectangulaires laissées sans glaçure.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Kangxi (166-1722)
MATIÈRE : Porcelaine (biscuit)
TAILLE : 7,5 cm x 7,5 cm
RÉFÉRENCE : E759
STATUT : vendu
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Ce modèle de buffle est connu pour avoir été décliné dans différentes gammes d’émaux. Comme pour les exemples présentés ici, il a été peint en jaune et vert, mais il a également été réalisé avec des émaux aubergine et bruns

Pour un groupe de ce modèle émaillé en brun aubergine, voir William R. Sargent, The Copeland Collection, Salem : Peabody Museum of Salem, 1991, p. 32.

Une autre figure similaire en biscuit, provenant de la collection d’Auguste le Fort, mais représentant un buffle couché accompagné d’un garçon, est conservée dans les collections de Dresde (PO 4433).

Des compte-gouttes à eau en céramique (chui) de cette forme se rencontrent dans toute l’Asie du Sud-Est, ce qui témoigne d’un marché vaste et diversifié. Une figure apparentée a été mise au jour sur l’épave du Sinan, datée du début du XIVᵉ siècle. Une figure en Dehua de la période Kangxi représentant un Européen monté sur un buffle, autrefois propriété d’Auguste le Fort, est également conservée à Dresde.

Un « jeune pâtre allongé sur un bœuf » figure parmi les formes de compte-gouttes à eau répertoriées par Zhu Yan dans le Doa Shuo (1774).

Informations supplémentaires​ :​

Le thème des enfants jouant avec des animaux est l’un des motifs les plus durables et les plus charmants de l’art chinois. De nombreux animaux, réels ou mythiques, sont en effet considérés comme porteurs de significations auspiciauses ou comme des protecteurs de l’enfant.

En Chine, le buffle d’eau est appelé shui niu : shui signifiant « eau » et niu étant un terme générique désignant le « bœuf », la « vache » ou le « taureau ». Vénéré pour sa force et sa patience, le buffle d’eau est souvent représenté comme la monture de Laozi, fondateur du taoïsme.

Le buffle d’eau (shui niu) est l’un des douze animaux du zodiaque chinois et symbolise la force, la patience, le printemps et l’agriculture. Depuis des millénaires, il est utilisé pour tirer les charrues dans les rizières à travers toute la Chine. Il représente ainsi également la prospérité et le labeur. Le thème du jeune gardien de troupeau chevauchant un buffle fut un sujet très apprécié dans la peinture de la dynastie Song. Il évoque une vie rurale naturelle, bucolique et insouciante, éloignée des contraintes de la cérémonie et des obligations sociales. Dans ce contexte, le buffle symbolise aussi la bienveillance et la docilité, puisqu’il se soumet à un enfant. Après le travail, le garçon baignait le buffle avant de rentrer chez lui sur son dos, détendu et souvent en jouant de la flûte.

La conduite d’un buffle d’eau a également été assimilée à la vie quotidienne d’un moine et constitue pour cette raison un motif récurrent dans les peintures inspirées de la tradition Chan (Zen). Le buffle d’eau est un emblème du printemps et de l’agriculture. Le « Bœuf de printemps », ou Chun Niu, accompagné du jeune gardien Niu Mang ou Mang Shen, est façonné en argile puis frappé à coups de bâton afin de symboliser le renouveau printanier. Cette coutume remonte à une époque où un bœuf était sacrifié au début du printemps.

Le bœuf apparaît dans toutes les formes d’arts décoratifs, tant pour le marché domestique que pour l’exportation. En Occident, ce motif fut particulièrement en vogue au XVIIIᵉ siècle, apparaissant sur la porcelaine, les papiers peints, les paravents en laque et dans la peinture. Le bœuf chinois connut un tel succès en Occident qu’il fut décliné sous forme de chinoiseries sur les tissus et les papiers peints, ainsi que sous forme de sculptures en céramique. Bien qu’il ne soit pas certain quel médium servit de source aux figures céramiques occidentales, de nombreux exemples de poteries vernissées au plomb brun moucheté produites dans le Staffordshire présentent des similitudes avec diverses figures céramiques chinoises.

PAYS : Chine

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