Informations supplémentaires :Comme l’observe David Howard[1], le décor « est peint avec une perspective et un réalisme remarquables, le rivage étant animé par de nombreuses embarcations chinoises et par la présence de nombreux Européens dans les cours devant les factoreries, sur les balcons, dans les embrasures de portes et aux fenêtres ». En contraste avec le réalisme historique de l’extérieur, l’intérieur du bol est centré sur un panier fleuri inscrit dans un médaillon vert pâle, entouré d’une composition luxuriante de grenades, de grappes de raisin, de papillons et de bambous. L’aile est ornée d’un riche décor floral rehaussé de bandes vertes et orangées, l’ensemble étant souligné d’or.
Ce grand bol aux Hongs appartient à un groupe renommé de porcelaines d’exportation chinoises produites pour le marché occidental durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. De telles pièces étaient spécifiquement commandées par une clientèle étroitement liée au commerce avec la Chine — capitaines, négociants et officiers des différentes compagnies commerciales européennes et américaines établies à Canton. À l’époque, ces bols constituaient des acquisitions coûteuses et très prisées, servant de souvenirs prestigieux pour les supercargoes désireux de conserver un témoignage durable de leurs expéditions maritimes vers l’Extrême-Orient.
Le décor extérieur représente les Treize Factoreries de Canton, enclave étrangère exclusive située le long de la rivière des Perles. Cette vue panoramique, animée par une intense activité fluviale et maritime, constitue un véritable relevé topographique du commerce chinois à son apogée. Des pavillons nationaux — notamment ceux de la Grande-Bretagne, de la Hollande, du Danemark, de la France et de la Suède — flottent au sommet de hauts mâts alignés le long du quai. La présence du pavillon blanc français (antérieur à la Révolution de 1789) et du drapeau impérial autrichien revêt une importance déterminante pour la datation. Ces éléments, conjugués à l’absence du drapeau américain, permettent de situer précisément la commande de la pièce : elle doit être postérieure à l’arrivée des Autrichiens à Canton en 1779, mais antérieure à l’établissement d’une factorerie américaine permanente. La composition inclut également les forts de la Folly, bien que ceux-ci soient représentés avec une certaine licence artistique, apparaissant beaucoup plus proches des Hongs que ne l’indique leur position géographique réelle.
Selon Ronald W. Fuchs II et David S. Howard, dans leur analyse d’un exemplaire comparable conservé dans la collection Hodroff au Winterthur Museum [2], ces bols associent le format horizontal continu des rouleaux peints chinois aux principes occidentaux de la perspective à point de fuite unique.
L’évolution de ces vues panoramiques constitue une véritable cartographie chronologique du commerce avec la Chine. Le plus ancien exemplaire connu, et aussi le plus rare, daté vers 1765 et peint en camaïeu rose, est conservé au Maritime Museum of Denmark ; il présente les Hongs sur une face et la Bourse de Copenhague sur l’autre. Si des versions à réserves apparaissent vers 1775, la fin des années 1780 marque un tournant iconographique majeur. Après l’arrivée de l’Empress of China à Canton en 1784 et l’établissement d’une présence américaine, le drapeau des États-Unis commence à figurer sur ces pièces. De même, le pavillon de la Compagnie royale des Philippines (Real Compañía de Filipinas), fondée en 1785 sous le patronage de Charles III d’Espagne, apparaît occasionnellement sur les bols produits après 1787. Ces éléments, associés aux vues continues peintes exclusivement en grisaille — souvent ornées des pavillons danois, français, « impérial » (désignant l’Empire autrichien), suédois, britannique, américain et hollandais — permettent de situer avec précision le présent bol au sein de cette production remarquable.
Les Hongs furent détruits en 1856, au début de la seconde guerre de l’Opium. Entre environ 1765 et le début du XIXe siècle, leur représentation apparaît non seulement sur la porcelaine, mais également sur divers supports, notamment dans les peintures d’exportation chinoises sur toile et sur cuivre. Par la précision architecturale des bâtiments et des pavillons, les bols aux Hongs entretiennent une proximité esthétique et documentaire plus étroite avec ces peintures d’exportation qu’avec les décors habituellement rencontrés sur d’autres porcelaines chinoises destinées à l’exportation.
[1] Howard, China for the West, 1978, vol. I, 209, no. 207
[2] Made in China, Winterthur, 2005, pp. 138–139, cat. no. 88