Figure représentant le Lièvre Rouge. Chine, Qianlong

Cette sculpture représente un lièvre assis sur ses pattes arrière, le corps ramassé et les pattes antérieures légèrement avancées. La tête est tournée vers la droite, les oreilles dressées. Le modelé, aux formes arrondies, se caractérise par un dos délicatement arqué et des flancs pleins.

La surface est recouverte d’une glaçure rouge corail aux subtiles variations de ton, plus soutenue sur le dos et plus claire vers les extrémités. Les yeux sont suggérés par une discrète touche sombre, tandis que la figure repose directement sur sa base, dégageant une élégance à la fois sobre et tactile.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Qianlong period (1736–1795), circa 1780
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 12,5 cm
RÉFÉRENCE : E861
PROVENANCE :
-Alberto Santos, London
-From the collection of Maude da Conceição Santos Mendonça de Queiroz Pereira, Lisbon, 2021
STATUT : disponible
Œuvres en rapport :​

La manufacture de Meissen produisit vers 1745–1750 des figures naturalistes de lièvres accroupis, qui furent reprises à Chelsea durant la période dite du Red Anchor (1753–1758). Toutefois, ces modèles naturalistes peuvent difficilement avoir servi de prototypes aux exemples stylisés en porcelaine d’exportation chinoise. Des lapins furent exportés vers le Danemark dès 1760. Les figures de lapins en porcelaine apparaissent avec une certaine régularité dans les catalogues de ventes de la fin du XVIIIe siècle, mais il demeure difficile d’en déterminer précisément l’origine[1].

Deux lièvres, l’un en émaux brun-rouge et l’autre en gris clair, sont illustrés par William Sargent dans The Copeland Collection: Chinese and Japanese Ceramic Figures.

[1] William Sargent, The Copeland Collection: Chinese and Japanese Ceramic Figures, 1991, pp. 254–255

Informations supplémentaires​ :​

Le lièvre (兔, tu) est un emblème de longévité et un motif récurrent dans l’art chinois. Il est associé à la quatrième des Douze Branches terrestres, mao (卯). Si cette branche constitue avant tout une unité calendaire, son isomorphisme avec le lièvre zodiacal a durablement établi l’animal comme symbole du quatrième mois et de la tranche horaire comprise entre 5 et 7 heures du matin. Le lièvre est réputé tirer son origine de l’essence vitale de la Lune, dont il demeure sous l’influence.

Zhang Hua (232–300), poète et « proto-scientifique » de la dynastie Jin — période troublée de division consécutive à la chute des Han — est tenu pour l’auteur du Bowuzhi (博物志, « Traité des choses diverses »). Dans ce recueil fondateur de mythes et d’observations, Zhang Hua affirme que le lièvre conçoit simplement en contemplant la Lune, tandis que des auteurs antérieurs soutenaient que la femelle devenait gestante en léchant le pelage du mâle. L’histoire du Bowuzhi est aussi mouvementée que les récits qu’il renferme : le texte a fait l’objet de compilations successives et son authenticité demeure discutée par les chercheurs — une fluidité qui sied peut-être à une œuvre relevant de la proto-science. À l’instar du renard, le lièvre est réputé atteindre l’âge de mille ans, devenant blanc à mi-parcours de cette longévité exceptionnelle.

Le Lièvre rouge (赤兔, chi tu) est une créature surnaturelle de bon augure, censée n’apparaître que sous le règne de souverains vertueux[1]. Si son nom est célèbre pour avoir été attribué au cheval légendaire de l’époque des Trois Royaumes — ainsi nommé en raison de sa vitesse exceptionnelle, comparée à celle d’un lièvre en fuite —, la créature évoquée ici relève d’un tout autre registre, celui du symbolisme cosmologique.

Une tradition antérieure à la dynastie Han affirme qu’un lièvre habite la Lune. Les récits taoïstes ultérieurs décrivent ce « Lièvre de jade » (玉兔, yu tu) comme le serviteur des immortels, occupé à broyer sans relâche les plantes nécessaires à la préparation de l’élixir de vie. Ce lien entre le lièvre et la Lune trouve vraisemblablement son origine dans des légendes bouddhiques indiennes[2], selon lesquelles un lièvre offrit son propre corps en sacrifice et fut récompensé en étant placé sur la surface lunaire

Dans la pensée politique chinoise classique, le Ciel manifestait son mandat par des signes visibles dans la nature. L’apparition d’animaux inhabituels — par leur rareté ou leur couleur — était interprétée comme une approbation cosmique du règne impérial. Aux côtés du qilin, du cerf blanc ou de la tortue sacrée, le Lièvre rouge est mentionné dans les chroniques impériales comme un signe majeur d’harmonie. La couleur rouge (赤, chi) est associée à l’élément Feu dans la théorie des Cinq Phases (wu xing 五行), représentant le Sud, la saison estivale et la vertu rayonnante du souverain. L’apparition d’un animal ordinairement terrestre sous cette teinte exceptionnelle constituait ainsi un phénomène remarquable, signalant que le souverain gouvernait avec vertu (de 德) et que le Mandat du Ciel (tianming 天命) était assuré.

Il convient de distinguer ce symbole politique du Lièvre de jade lunaire. Bien que tous deux partagent une association avec la Lune, le Lièvre de jade relève du registre narratif et mythologique, souvent représenté avec un champignon lingzhisur le dos — symbole de l’immortalité qu’il contribue à préparer —, tandis que le Lièvre rouge constitue un véritable emblème formel de légitimité dynastique.

[1] Charles Alfred Williams, Chinese symbolism and art motifs: an alphabetical compendium of antique legends and beliefs, as reflected in the manners and customs of the Chinese, 1988, pp. 220-221

[2] Mayers: Chinese Reader’s Manual, Pt. I, 724

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