Deux grands vases Gu famille rose à décor du Roman de la Chambre de l’Ouest. Chine, Yongzheng

Ces vases à section carrée sont décorés dans les émaux de la famille rose. Chacune des faces est ornée de scènes inscrites dans des réserves verticales en forme de feuille. Les compositions représentent des figures évoluant dans des décors structurés de pavillons, de ponts et d’arbres, sur fond de paysages plus accidentés ou de formations rocheuses élaborées. Les arêtes de chaque vase sont modelées à l’imitation du bambou.

Les réserves sont décorées de scènes tirées du Roman de la Chambre de l’Ouest. Cette histoire trouve son origine en Chine à la fin du XIIe siècle, lorsqu’un certain Dong Jieyuan compila différentes versions textuelles issues de pièces de théâtre populaires, de romans et de ballades relatant une célèbre intrigue amoureuse. Cet ensemble fut publié sous le titre Xixiang Ji Zhugongdiao (Le Roman de la Chambre de l’Ouest en tous modes et tonalités).

Le récit fut ensuite adapté et développé par le dramaturge Wang Shifu (v. 1250–1300), qui en donna une version dramatique en huit parties, intitulée Xixiang Ji (Le Roman de la Chambre de l’Ouest), centrée sur une romance clandestine défiant les conventions familiales. Si l’œuvre acquit une place durable dans le canon littéraire, l’histoire elle-même demeura extrêmement populaire dans toutes les couches de la société.

Cet engouement se prolongea jusqu’au XXe siècle, le thème étant encore adapté à l’opéra et au cinéma dans le Pékin des années 1980. Le Xixiang Ji constitue ainsi l’un des piliers essentiels de la tradition théâtrale chinoise.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723-1735)
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 42 cm
RÉFÉRENCE : E855
PROVENANCE : Possiblement C.T. Loo, Paris, 13 mai 1967
Reproduit dans A.Varela Santos, Yongzheng Chinese Export Porcelain: A Private Collection, London, 2005, pp.72-73, pl.24.
Collection Maude da Conceição Santos Mendonça de Queiroz Pereira, Lisbon, 2021
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

Une paire de grands vases en porcelaine famille rose, décorés de scènes similaires tirées du Roman de la Chambre de l’Ouest, avec des bordures simulant le bambou moucheté, est illustrée par O.V. Krog et al. dans Treasures from Imperial China: The Forbidden City and the Royal Danish Court[1]. Une paire comparable, anciennement conservée dans la Kunstkammer danoise (aujourd’hui au National Museum de Copenhague), est connue pour avoir été rapportée de Guangzhou en 1732 à bord du Cron Printz Christian, premier navire engagé dans le commerce entre le Danemark et la Chine.

Une autre paire de vases gu de ce modèle, accompagnée de socles en porcelaine assortis, figurait dans la collection de Roger Keverne[2].

Une paire de vases balustres de ce modèle, montés en bronze doré et anciennement dans la collection de Adolphe Thiers(1797–1877), est conservée au Musée du Louvre[3]

[1] Copenhagen, 2006, pp.605-606, no. 185; pp.196-199

[2] Roger Keverne Ltd., Summer Exhibition, London, 2011, no.52

[3] Inv. TH 470 / TH 471

Informations supplémentaires​ :​

Compte tenu de l’immense popularité de ce récit en Chine, certaines scènes clés ont progressivement acquis un statut d’images canoniques immédiatement reconnaissables par le public. Les illustrations xylographiques des différentes éditions se concentraient sur ces épisodes majeurs, constituant ainsi un répertoire de motifs qui inspira peintres, brodeurs sur soie, laqueurs et autres artisans.

Le goût pour les porcelaines décorées de scènes tirées du Roman de la Chambre de l’Ouest s’affirme dès la période Shunzhi (1644–1661) et atteint son apogée sous le règne de Kangxi (1662–1722). Les pièces en famille verte ornées de ces représentations furent produites tant pour le marché intérieur chinois que pour l’exportation vers l’Europe.

L’imitation du bambou en porcelaine chinoise remonte à la dynastie Ming, lorsque les potiers commencèrent à intégrer des motifs naturalistes et botaniques dans le décor céramique, puis, plus significativement encore, dans la forme même des objets. À cette époque, le bambou apparaît principalement comme un motif peint. Les premières expérimentations en relief et en moulage posèrent les bases conceptuelles des développements ultérieurs.

Sous la dynastie Qing, et plus particulièrement durant l’époque Kangxi (1662–1722), l’imitation du bambou évolue vers un véritable langage structurel. Le bambou ne se limite plus à un rôle ornemental de surface, mais devient un élément constitutif de la morphologie du vase. Les vases dont les arêtes moulées imitent des chaumes de bambou, avec nœuds et entre-nœuds nettement marqués, en sont une illustration caractéristique. Ces arêtes soulignent la verticalité et structurent le décor peint.

Étroitement apparentées par leur conception et leur goût[1], les théières munies d’anses en forme de bambou, produites dès la fin de la période Ming et de plus en plus raffinées sous Kangxi[2], témoignent de la même recherche. Dans ces pièces, l’anse est modelée comme une tige segmentée aux nœuds bien définis, conférant au bambou simulé une fonction pratique en plus de sa portée symbolique.

La résonance symbolique du bambou — l’un des « Trois Amis de l’Hiver », aux côtés du pin et du prunus — demeure au cœur de son attrait. Dans la porcelaine Qing, il incarne des idéaux de droiture morale, d’adaptabilité et de résilience, vertus particulièrement valorisées dans les milieux lettrés. Sa présence sur des objets d’une grande virtuosité technique associe ainsi maîtrise formelle et profondeur symbolique

[1] Notice 25

[2] Notice 25

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