Figure en biscuit représentant un moine. Chine, Kangxi

La sculpture représente une figure assise à la corpulence robuste, au torse nu et au ventre proéminent, percé en son centre d’une petite ouverture circulaire semblable à un nombril. Le visage est souriant, avec des yeux mi-clos, des joues pleines et une bouche légèrement entrouverte laissant apparaître les dents. Les lobes d’oreilles allongés encadrent une tête nue présentant une légère protubérance frontale.

La figure est vêtue d’une robe ample et drapée, s’ouvrant pour révéler la majeure partie de la poitrine. Rendue dans des tons jaune-orangé et brun, la robe présente des plis profondément modelés qui accentuent son volume. Une main tient un chapelet de perles de prière ; l’autre est dissimulée sous le tissu. Un pied est visible, chaussé de vert et posé à côté, tandis que l’autre est replié sous les lourds drapés. À droite de la figure, au sol, se tient un petit vase émaillé brun. L’ensemble repose sur une base non émaillée au contour irrégulier, suivant les lignes du drapé.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Kangxi (1662-1722)
MATIÈRE : Porcelaine (biscuit)
TAILLE : 14 cm
RÉFÉRENCE : E745
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

Un biscuit d’une telle qualité est rare. Une figure très étroitement apparentée, mais reposant sur une base verte et tenant un bol de mendicité, est conservée dans la collection du Musée des Arts Décoratifs, Paris[1].

Deux figures très similaires sont illustrées par Walter Bondy dans Kangxi: Eine Blüte-Epoche der chinesischen Porzellankunst[2]. Un biscuit comparable, provenant d’une collection privée, est illustré par Michel Beurdeley et Guy Raindre dans La Porcelaine des Qing : Famille verte et famille rose, 1644–1912[3].

Une paire de figures similaires, mais décorées dans la palette de la famille rose, provenant de la collection Copeland, est conservée dans la collection du Peabody Essex Museum[4]

[1] inv. 16407, MAD-1

[2]1923, p. 175

[3] Office du Livre, Edition Vilo, Paris, 1986, no. 117.

[4] AE85902.1-.2

Informations supplémentaires​ :​

Ce type de figure est parfois décrit comme un Luohan, Budai ou plus généralement un moine, cette dernière désignation étant probablement la plus appropriée. Un Luohan est un disciple éclairé du Bouddha, représenté dans l’art chinois comme un moine ascétique, souvent doté de traits fortement individualisés, parfois excentriques, mais empreints de gravité spirituelle.

Si la chaussure manquante est un motif fréquemment associé à certains Luohans errants, le ventre proéminent de la figure, la poitrine tombante et les lobes d’oreilles allongés — associés à l’expression joviale et souriante ainsi qu’au chapelet tenu dans une main — suggèrent fortement une représentation d’un moine ou de Budai. Également connu sous le nom de Milefo, le Bouddha au ventre rebondi, Budai est une figure mythologique dérivée de Maitreya, le Bouddha du Futur, dont le nom évoque la miséricorde. Durant la dynastie Song (960–1280), il comptait parmi les divinités les plus populaires d’Asie orientale.

Bien que ces figures aient été produites tant pour le marché chinois que pour l’exportation, leur popularité en Europe au XVIIIe siècle tenait probablement davantage à l’attrait de leurs visages rieurs et de leurs ventres rebondis qu’à leur iconographie chinoise. Le modèle parvint d’abord en Europe sous la forme de versions en Blanc de Chine produites dans les fours de Dehua. Ces pièces furent exportées à la fin du XVIIe siècle, et l’on sait qu’un exemplaire figurait dans l’inventaire de Burghley House de 1688, décrit comme « 1 ball’d fryor sitting », mentionné dans le contenu du « My Ladys Dressing Room ». Ces petites figures rieuses continuèrent à être produites en Blanc de Chine tout au long du XVIIIe siècle.

Durant la période Kangxi, des exemples comparables furent produits avec des robes à teinte unie, ainsi qu’avec des glaçures riches dans des tons turquoise. Des modèles légèrement différents se rencontrent également décorés de robes à motifs quadrillés. Des exemples polychromes et dorés furent exportés sous les règnes Yongzheng et Qianlong, les robes étant ornées de médaillons et de bordures plus décoratifs. Des versions de plus grande taille furent également réalisées plus tard dans le siècle, modelées sous forme de soupières, intégrant parfois un blason européen sur le ventre.

Lorsqu’un modèle de figure liée au commerce de la Chine devenait populaire en Angleterre et sur le Continent, des copies étaient rapidement produites par diverses manufactures européennes. Au premier quart du XVIIIe siècle, des modèles similaires furent réalisés en faïence bleue et blanche à Delft, dans la manufacture de Lambert van Eenhoorn, De Metalen Pot. Des versions à glaçure blanche furent exécutées par Böttger à Meissen vers 1713, et sont connues pour avoir appartenu à la collection d’Auguste le Fort.

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