Informations supplémentaires :Une carpe identique[1], montée en bronze doré, figurait autrefois dans les collections de Pierre‑Victor de Besenval de Brunstatt (1721–1791)[2], plus connu sous le nom de baron de Besenval. Originaire de Soleure en Suisse, Besenval s’éleva au rang d’officier général de premier plan, commandant notamment les Gardes suisses au service de la Couronne de France. Au-delà de ses fonctions militaires et de son rôle de chroniqueur attentif de son époque à travers ses Mémoires, Besenval fut un collectionneur éclairé.
Proche de la Cour et profondément intégré aux cercles artistiques, le baron développa très tôt un goût sûr pour les arts décoratifs. En 1767, il acquit l’Hôtel de Chanac de Pompadour, rue de Grenelle, afin d’y présenter ses collections en pleine expansion. La demeure, célèbre pour son nymphée souterrain « à l’antique », devint rapidement l’une des curiosités les plus réputées de Paris. Aujourd’hui, l’hôtel — surélevé d’un étage supplémentaire — abrite l’ambassade de Suisse.
La splendeur du légendaire salon parisien de Besenval est en partie représentée sur le portrait commandé en 1791 à Henri‑Pierre Danloux. Peinte peu après la libération du baron, emprisonné durant deux années au moment de la French Revolution, l’œuvre le représente entouré de ses possessions les plus chères. Dans ce cadre intime, Besenval est figuré appuyé contre un paravent — élément de chinoiserie typique des intérieurs de l’époque — tandis que l’arrière-plan révèle un assemblage savant de textures et de styles.
L’œuvre trahit un plaisir manifeste dans le rendu virtuose des matières : du poli froid du marbre brèche d’Alep à l’éclat des bois dorés et des montures en bronze doré, jusqu’à la glaçure translucide des porcelaines d’Arita. Loin de la rigueur du néoclassicisme triomphant (à peine perceptible dans les chenets de la cheminée), l’ensemble célèbre un goût rocaille, avec, en arrière-plan, un cabinet Boulle du Grand Siècle.
Parmi ces trésors, la carpe en porcelaine d’Arita occupe une place de choix. Sa silhouette vive est aisément reconnaissable, placée aux côtés de céladons montés en bronze doré. La carpe bondissante y apparaît comme le symbole d’un goût indépendant — autrefois aussi dynamique que le poisson lui-même — désormais saisi dans un moment de grâce à la fois fière et contenue
[1]Private collection, Geneva
[2] Paul Gallois, « Baron de Besenval’s Eclectic Eye», The Furniture History Society, Newsletter 221, February 2021, pp. 2-12