Coupe kraak bleu et blanc décorée de deux cerfs. Chine, Wanli

Finement tournée et d’une facture précise, cette soucoupe présente des parois incurvées et une lèvre moulurée en huit panneaux rayonnants alternant larges et étroits. Elle repose sur un petit talon annulaire en V, légèrement rentrant. Le décor, exécuté en nuances contrastées de bleu de cobalt sous couverte, s’organise autour d’un médaillon central représentant deux cerfs tachetés sur un tertre rocheux, sous un pin, l’ensemble inscrit dans un double cercle. Les panneaux lobés de l’aile sont ornés de fleurs et de plantes — dont un oiseau parmi des rinceaux de lotus — tandis que les registres étroits sont décorés de guirlandes de perles et de joyaux, le tout sur un fond lavé de bleu pâle. Le revers est décoré de branches de lingzhi alternant avec des insectes.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Wanli (1573–1620), c. 1590–1600
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 20 cm
RÉFÉRENCE : E943
PROVENANCE : Collection prive franco-japonaise
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

La qualité constamment élevée de la pâte et du dessin observée au sein de ce groupe suggère que ces pièces proviennent d’ateliers privés d’élite à Jingdezhen, notamment ceux de Guanyinge. La rareté de cet ensemble est bien attestée dans la littérature céramique. Maura Rinaldi a été la première à recenser quarante-cinq exemples connus [2], chiffre ensuite révisé par Eva Ströber, qui mentionne environ soixante pièces identifiées en 2013 [3]. Une part significative de cet ensemble se trouve dans des collections historiques prestigieuses ; ainsi, seize assiettes et une soucoupe furent recensées au palais Santos à Lisbonne — aujourd’hui l’ambassade de France.

Des comparaisons précises soulignent l’importance du présent exemplaire. Une coupe au décor presque identique représentant deux cerfs, autrefois dans la collection de George Wingfield Digby, est aujourd’hui conservée dans la collection Lurie [4]. Si le motif du cerf est particulièrement recherché, d’autres scènes naturalistes apparaissent également dans cette série dite à « marque de l’aigrette ». On peut citer un plat aux grues conservé au Kunstmuseum Den Haag ainsi qu’au Princessehof National Museum of Ceramics ; une assiette au faisan au British Museum [5] ; et un autre exemple représentant un couple de faisans sous un pin, provenant de l’ancienne collection Roger et Jill Bichard. Plus exceptionnelles encore sont les rares coupes combinant le bleu sous couverte avec une glaçure monochrome bleue, telles que les exemplaires de la collection de Sir Michael Butler, étudiés dans Leaping the Dragon Gate. The Sir Michael Butler Collection of 17th-Century Chinese Porcelain [6]. Ces objets, dont des fragments ont été mis au jour lors de fouilles à Macao, confirment que les marchands portugais comptaient parmi les premiers commanditaires de cette porcelaine raffinée dite à « marque de l’aigrette » [7]

[2] Maura Rinaldi, Kraak Porcelain: A Moment in the History of Trade, 1989, pp. 201-205, pl. 264a-n

[3] Eva Ströber, Ming Porcelain for a Globalised Trade, Stuttgart, 2013, p. 208

[4] Teresa Canepa, Jingdezhen to the World: The Lurie Collection of Chinese Export Porcelain from the Late Ming Dynasty, 2019, no. 17

[5] 1923,0611.1

[6] London, 2021, pp. 74–5, nos. III.1.20 and III.1.21.

[7] Christiaan Jörg, Oriental Porcelain in The Netherlands. Four museum collections, exhibition catalogue, Groninger Museum, Groningen, 2003, p. 22, no. 5

Informations supplémentaires​ :​

Le terme kraak désigne une catégorie emblématique de porcelaines d’exportation chinoises, qui connut son apogée sous le règne de l’Wanli Emperor. Cette appellation dériverait des carracas portugaises — grands navires marchands dont les cargaisons de céramiques furent saisies par les Hollandais au début du XVIIe siècle. Sur le plan formel, ce style se caractérise par des panneaux rayonnants encadrant une scène centrale, une esthétique dynamique qui exerça une influence considérable sur le goût européen ainsi que sur les productions ultérieures de Delft.

Ce plat appartient à un groupe restreint de pièces kraak de haute qualité — comprenant assiettes, soucoupes et klapmutsen— qui se distinguent par l’emploi d’une pâte exceptionnellement bien levigée et par la présence d’une marque à l’aigrette au revers. Dans son étude de la collection Lurie, Teresa Canepa [1] a identifié trois variantes distinctes de cette marque : la première représente l’oiseau tenant un poisson dans le bec ; la seconde se caractérise par une crête épaisse ; et la troisième — telle qu’observée sur le présent exemplaire — montre un corps dressé sur de longues pattes se terminant par deux cercles [i].

Le terme néerlandais klapmuts (pluriel klapmutsen) désigne un bol profond à large marli plat, ainsi nommé en raison de sa ressemblance avec les bonnets de laine à rabats portés par les marins hollandais du XVIIe siècle. Cette forme témoigne d’une adaptation délibérée des potiers de Jingdezhen aux usages de table européens, le marli offrant un espace pratique pour poser une cuillère

[1] Teresa Canepa, Jingdezhen to the World: The Lurie Collection of Chinese Export Porcelain from the Late Ming Dynasty, 2019

Demande de condition report