Assiette à décor armorié pour le marché hollandais (Ver Huell). Qianlong

L’assiette est décorée dans la palette de la famille rose d’un grand et spectaculaire blason polychrome occupant le centre, inscrit dans un médaillon trapézoïdal et entouré d’un trophée d’armes composé de bannières militaires et de lances. L’écu est coupé : en chef, d’or à une paire de lunettes ; en pointe, de trois crampons de sable (2 et 1), le premier tourné vers dextre, les deux autres contournés. Le cimier est constitué d’un buste coiffé d’un casque à l’antique, accosté de deux ailes d’or. Les lambrequins, d’une grande richesse, sont ornés de rinceaux et de volutes finement peints, accompagnés de trois bannières et de trois lances de chaque côté, ainsi que de deux palmes vert pâle, de deux flèches vertes, de deux canons, de plusieurs rubans et de feuillages verts. Le marli est décoré de trois importants rameaux de main de Bouddha, peints en or et rouge de fer, alternant avec trois cartouches renfermant des paysages chinois de montagnes et d’eau exécutés en grisaille, vert et bleu. Le bassin ainsi que le bord extérieur sont soulignés d’une frise en fers de lance.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Qianlong (1735-1795), circa 1745
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 22,5 cm
RÉFÉRENCE : E957
STATUT : disponible
Œuvres en rapport :​

Cette commande est illustrée par le Dr Jochem Kroes dans Chinese Armorial Porcelain for the Dutch Market, La Haye, 2007, p. 224-225, n° 135.

Kroes souligne également que de nombreux éléments conservés de ce service sont aujourd’hui répartis dans plusieurs musées néerlandais, notamment le Rijksmuseum d’Amsterdam (Christian J. A. Jörg, Chinese Ceramics in the Collection of the Rijksmuseum, Amsterdam, 1997, p. 306-307), le Zeeuws Museum (deux pièces) et le Princessehof de Leeuwarden (deux pièces). Un plat de dimensions légèrement supérieures est conservé au Musée de la Compagnie des Indes à Lorient.

Un grand plat provenant de ce même service figurait également dans la collection de Peter H. B. Frelinghuysen Jr.

Informations supplémentaires​ :​

Dès 1923, ces armoiries furent attribuées à la famille Ver Huell, une importante famille de la ville de Doetinchem, dans l’est de la Gueldre, influente durant la seconde moitié du XVIIᵉ siècle et anoblie au XIXᵉ siècle. Il est intéressant de noter que le même encadrement héraldique composé de bannières et de trophées militaires apparaît sur deux autres services. Le premier est orné d’un écu écartelé appartenant à la famille espagnole d’Ensenada et fut commandé par le haut fonctionnaire espagnol Zenón Somodevilla y Bengoechea (1701–1781), créé marquis d’Ensenada en 1736. Le second présente un chiffre composé notamment des lettres « A » et « C » à la place des armoiries. L’une de ces assiettes est conservée au Musée des Indes orientales de Göteborg, en Suède, ce qui laisse supposer que son commanditaire pourrait avoir été originaire de ce pays.

Toutefois, cette identification soulève plusieurs difficultés. Les armoiries de la famille Ver Huell diffèrent de celles représentées sur cette porcelaine. Selon Lunsingh Scheurleer, le peintre chinois aurait commis une erreur en interprétant deux anneaux comme une paire de lunettes. Cette hypothèse paraît cependant peu convaincante, car les peintres de Jingdezhen étaient alors déjà parfaitement familiarisés avec la reproduction des armoiries européennes. En outre, Lunsingh Scheurleer datait cette porcelaine de la fin du XVIIIᵉ siècle, datation aujourd’hui considérée comme erronée, le style tant de la bordure que du décor héraldique renvoyant plutôt au milieu des années 1740. Par ailleurs, aucun membre de la famille Ver Huell n’exerçait alors de fonctions militaires ou navales. Certains s’engagèrent dans la marine à une époque plus tardive, notamment Carel Hendrik Ver Huell (1764–1845), vice-amiral au service de Napoléon, ainsi que Christiaan Anthonij Ver Huell (1760–1832), qui servit aux Indes orientales néerlandaises entre 1784 et 1785.

Il existe toutefois une autre famille néerlandaise portant un écu coupé chargé d’une paire de lunettes, bien que celui-ci ne corresponde pas non plus exactement à celui figurant sur la porcelaine. Il s’agit de la famille Brull, établie à ‘s-Hertogenbosch puis à Maastricht au XVIIIᵉ siècle. Cette famille utilisa plusieurs variantes de ses armoiries, dont l’une se rapproche de celles représentées ici : coupé, au premier de gueules à une paire de lunettes d’argent aux verres verts, au second d’azur à trois étoiles d’or. Ces armes étaient portées dès 1639 par Mathijs Brull(e), conseiller de ‘s-Hertogenbosch. Son descendant Mattheus Brull, notaire à Maastricht de 1708 à 1763, portait en 1752 des armes où la paire de lunettes figurait dans la partie inférieure de l’écu. Un autre membre de cette famille, Jan Abraham Brull, entra au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) en qualité d’assistant en 1739 et mourut à Ternate en 1750.

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