Une figure de la divinité Hotei dans le style Kakiemon. Japon, Edo

La divinité corpulente rit, confortablement assise sur son sac, la main gauche le tenant, la main droite reposant sur son genou. Son visage jovial est accentué par un léger froncement de sourcils et une petite inclinaison de la tête. La barbe naissante sur son menton et son cou renforce son caractère humain, bien que ses longues oreilles indiquent qu’il n’appartient pas au monde des êtres mortels. La figure est décorée d’émaux rouge de fer, bleu et noir. Elle est montée sur une base ovale en bronze doré, ornée de plumes d’oiseaux soutenues par quatre serres de rapaces – très probablement anglaise du XVIIIᵉ siècle. La porcelaine et la monture ont été assemblées ultérieurement.

PAYS : Japon
ÉPOQUE : Epoque Edo (1615-1867), circa 1670/1690
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 29,5 cm
RÉFÉRENCE : E228
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

Un fragment d’une figure similaire a été découvert dans une zone résidentielle de samouraïs autour du château de Kubota, dans la ville d’Akita, au nord du Japon. D’autres figurines de style Kakiemon ont appartenu à l’élite japonaise, notamment à des membres de la classe des daimyō. Elles étaient sans aucun doute destinées à être exposées[1].

En Europe, les figures de Budai (ou Hotei) étaient appelées « Magot » ou « Pagod ». Elles incarnaient « l’Asie lointaine », un monde largement inconnu. Le terme Magot est utilisé dès le milieu du XVIIᵉ siècle pour désigner des représentations européennes trapues ou étranges, en terre cuite, plâtre, bronze ou porcelaine, de figures chinoises ou indiennes. L’expression « Pagoda Figure » provient du terme Pagode, qui renvoyait aux figures religieuses abritées dans les temples-pagodes.

Deux figures de Hotei se trouvent dans les Collections royales, au Pavillon chinois de Drottningholm à Stockholm[2]. Elles y sont probablement parvenues du vivant d’Hedwig de Holstein-Gottorp (1636-1715), reine puis régente de Suède.

Un autre exemple, issu de la collection Anders[3] et conservé au Groninger Museum (Groningue, Pays-Bas), est publié par Menno Fitski dans 500 jaar Aziatische keramiek uit de collectie Anders[4].

Un autre exemplaire, peint en vert, rouge et aubergine, est publié par Nagatake Takeshi dans Kakiemon: Nihon jiki akae no seika, kōyo hakkutsu[5].

D’autres figures sont conservées au Kurita Museum, ainsi que dans la collection Yamamoto du Nezu Museum, publiées dans Ko-Imari zukan: Yamamoto Collection sō mokuroku[6].

Un autre exemplaire est publié par Nagatake Takeshi, Yabe Yoshiaki et Minamoto Hiromichi dans Kakiemon no Sekai: genryū kara gendai made[7].

Un autre modèle de Hotei figurait dans la collection d’Ernest Oppenheimer (1880-1957), entrepreneur prospère dans les mines de diamants et d’or, qui admirait particulièrement ce type de figure. La pièce était exposée dans son bureau à Brenthurst, Parktown (Johannesburg), et fut représentée dans un portrait par Terence Cuneo (1907-1996), reproduit par Graham Viney[8].

[1] Menno Fitski, 500 jaar Aziatische keramiek uit de collectie Anders, vormen uit vuur, 2024, p. 109
[2] Oliver Impey et Christian Jörg, Japanese Export Lacquer: 1580-1850, Londres, 2005, p. 322, pl. 66
[3] Inv.nr.2020-0201
[4] Vormen uit vuur, no. 256, novembre 2024/3
[5] Fukuoka, 1976
[6] Nezu Museum, Ko-Imari: A Catalogue of Hizen Porcelain from the Nezu Museum’s Yamamoto Collection, Tokyo, 2017, p. 100, pl. 381-4049
[7] Exhibition of the World of Kakiemon: from its origins to the present, cat. exp., Fukuoka, 1983, p. 49, pl. 57
[8] Graham Viney, Colonial Houses of South Africa, Le Cap, 1987, p. 229

Informations supplémentaires​ :​

Hotei, connu en Chine sous le nom de Budai, était un moine bouddhiste zen chinois des IXᵉ ou Xᵉ siècles, qui fut plus tard divinisé comme dieu de la bonne fortune. Hotei est reconnaissable à son gros ventre et à son sac, tout aussi volumineux, contenant ses possessions qu’il porte partout avec lui. Son nom est un jeu de mots : Hotei signifie littéralement « sac de toile ». Hotei devint un sujet de prédilection pour les artistes japonais et chinois dès le XIIIᵉ siècle.

Entre la fin du XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle, des figures en porcelaine furent expédiées d’Extrême-Orient vers l’Europe, commandées par la Compagnie hollandaise des Indes orientales et par le commerce privé. Il s’agissait de modèles représentant des figures humaines, des animaux, des créatures mythiques et des divinités, parmi lesquels Hotei, le dieu de la bonne fortune et du bonheur.

La figure est décorée dans le style dit Kakiemon. Elle ne provient pas des fours de Nangawara, qui produisaient les pièces sous la supervision du clan Sakaida Kakiemon, mais fut réalisée par des ateliers de la ville porcelainière d’Arita.

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