Kendi en forme d’éléphant. Chine, Ming.

Le kendi est finement façonné en forme d’un éléphant assis, avec la queue et la tête moulées, cette dernière tournée vers le haut, dotée de petites oreilles et de courtes défenses percées formant un double bec verseur au-dessus de la trompe recourbée. Son corps présente une bande moulée légèrement en relief sur le dos et supporte un long col tubulaire s’évasant vers une large ouverture à lèvre verticale.

L’éléphant est modelé avec le front et les oreilles saillantes, la trompe et les défenses laissés en réserve dans le blanc de la porcelaine. Le bleu sous couverte est réservé aux yeux vifs ainsi qu’au riche caparaçon cérémoniel. L’animal est drapé d’un caparaçon d’apparat, orné d’une housse de selle finement décorée. Le fond délicatement hachuré évoque la texture d’un textile précieux, dont se détache en réserve le caractère shou (longévité) en écriture régulière. Cette illusion textile est encadrée d’une bordure chantournée à motifs de rinceaux, évoquant des galons brodés, et se termine par une frange continue. Le harnachement est enrichi d’un large poitrail, duquel pendent une série de pampilles. Le col de remplissage est orné d’une collerette de feuilles de bananier dressées. La base est plane et laissée sans glaçure.

PAYS : China
ÉPOQUE : Dynastie Ming (1572-1620), circa 1600
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 20,5 cm
RÉFÉRENCE : E888
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

Un groupe de dix kendi en forme d’éléphant, aux décors variés[1], est conservé au Topkapi Palace Museum[2], tandis qu’un exemplaire très proche figure dans les collections royales anglaises [3]. Ces exemples montrent que, bien qu’ils partagent une forme presque identique, les variations de leur décor confèrent à chaque pièce un caractère distinct.

Un kendi comparable est conservé dans la collection de la Baur Foundation[4]. Le commentaire du musée souligne son identification comme monture traditionnelle de la divinité Puxian Pusa, tout en insistant sur la rareté de telles formes zoomorphes dans les collections occidentales.

Un autre kendi similaire a été mis au jour dans l’épave du San Diego shipwreck, coulée en 1600 au large de la baie de Manille, selon Teresa Canepa[5], qui note également que ces kendi apparaissent déjà dans l’inventaire dressé après la mort de Philip II of Spain en 1590 et étudie plusieurs exemples comparables[6]

[1] inv. nos. 15/2426, 15/7812, 15/2429, 15/2428, 15/7811, 15/7810, 15/2431, 15/2427, 15/2430, 15/9416

[2] Krahl, Chinese Ceramics in the Topkapi Saray Museum Istanbul, A Complete Catalogue, 1986, II, p. 460

[3] John Ayers, Chinese and Japanese Works of Art in the Collection of Her Majesty The Queen: Volume I, p. 116, no. 218

[4]  Monique Crick, Chinese Trade Ceramics for South-East Asia from the Ist to the 17th Century: Collection of Ambassador and Mrs. Charles Muller, 2010, p. 290, no. 165.

[5] Teresa Canepa, Kraak Porcelain: The Rise of Global Trade in the Late 16th and Early 17th Centuries, Jorge Welsh Books, 2008–9, p. 64, fig. 2

[6] Canepa, 2008, p. 194, no. 29

Informations supplémentaires​ :​

Le kendi était largement utilisé en Asie du Sud-Est comme récipient à eau destiné au versement rituel de libations (le terme dérive du sanskrit kundika, désignant un vase généralement pourvu d’un col plus élancé). Cette forme, qui pourrait avoir été développée en Inde dès 2000 av. J.-C., fut produite par les ateliers chinois pour l’exportation à partir de la dynastie Tang (618–906).

Ce récipient en forme d’éléphant appartient à un groupe rare de kendi zoomorphes de type kraak, réalisés pour les marchés du Moyen-Orient et de l’Europe à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Le nombre d’exemplaires conservés dans les musées et les collections privées témoigne de leur attrait à l’époque. Ce succès tient peut-être à l’ingéniosité du dispositif de versement : lorsque le vase est incliné, l’eau jaillit par les deux défenses, les deux jets se croisant quelques centimètres plus bas.

Dans la culture chinoise, l’éléphant est vénéré comme un animal de haute valeur morale. Comptant parmi les Sept Trésors du bouddhisme, il symbolise la force, la sagesse et la prudence. Si des éléphants sauvages peuplaient autrefois la Chine durant l’Antiquité, ils furent progressivement repoussés au sud du Yangzi dès le Ier millénaire avant notre ère. Par la suite, la connaissance de l’espèce fut entretenue grâce aux présents diplomatiques d’éléphants asiatiques apprivoisés (Elephas maximus) offerts par les royaumes voisins.

À la suite de l’introduction du bouddhisme en Chine (vers 67 apr. J.-C.), l’éléphant acquit un statut d’animal céleste. Dans les arts décoratifs — bronze, jade ou porcelaine — il est fréquemment représenté supportant des vases ou des pagodes, ou servant de monture à la divinité Puxian Pusa (connue en sanskrit sous le nom de Bodhisattva Samantabhadra, le bodhisattva de la Bienveillance universelle). Un motif particulièrement répandu est celui du « lavage de l’éléphant blanc ». Cette scène fonctionne comme un jeu de mots visuel : en chinois, les termes « éléphant » (xiang) et « apparence » ou « illusion » (xiang) sont homophones. Ainsi, « laver l’éléphant » (sao xiang) renvoie à l’idée de purifier les illusions (sao xiang), étape essentielle vers l’éveil bouddhique. Ce thème est bien documenté sur les porcelaines kraak, notamment sur un exemple du deuxième quart du XVIIe siècle conservé au Museum of East Asian Art Berlin[2].

Les kendi en forme d’éléphant, tels que celui-ci, révèlent une connaissance imparfaite de l’anatomie réelle de l’animal par les potiers chinois. Cela se manifeste notamment dans la petite taille des oreilles et dans le traitement peu naturaliste de la trompe, enroulée vers l’arrière en direction du col.

Il est intéressant de noter qu’un petit vase céladon en forme d’éléphant debout, daté de la dynastie Yuan (1271–1368), a été découvert aux Philippines. Cet exemplaire ancien présente une rosace sur le front de l’animal, une longue housse de selle décorée, un harnachement à pampilles, ainsi qu’une bordure ornementale entourant une courte ouverture tubulaire au sommet du dos. Un tel objet pourrait avoir inspiré la forme et le décor du kendi en forme d’éléphant étudié ici[3]

[1] Teresa Canepa, Kraak Porcelain: The Rise of Global Trade in the Late 16th and Early 17th Centuries, Jorge Welsh Books, 2008, p. 188

[2] inv. no. 1998-9

[3] Teresa Canepa, Kraak Porcelain: The Rise of Global Trade in the Late 16th and Early 17th Centuries, Jorge Welsh Books, 2008, p. 188

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