Informations supplémentaires :Le kendi était largement utilisé en Asie du Sud-Est comme récipient à eau destiné au versement rituel de libations (le terme dérive du sanskrit kundika, désignant un vase généralement pourvu d’un col plus élancé). Cette forme, qui pourrait avoir été développée en Inde dès 2000 av. J.-C., fut produite par les ateliers chinois pour l’exportation à partir de la dynastie Tang (618–906).
Ce récipient en forme d’éléphant appartient à un groupe rare de kendi zoomorphes de type kraak, réalisés pour les marchés du Moyen-Orient et de l’Europe à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Le nombre d’exemplaires conservés dans les musées et les collections privées témoigne de leur attrait à l’époque. Ce succès tient peut-être à l’ingéniosité du dispositif de versement : lorsque le vase est incliné, l’eau jaillit par les deux défenses, les deux jets se croisant quelques centimètres plus bas.
Dans la culture chinoise, l’éléphant est vénéré comme un animal de haute valeur morale. Comptant parmi les Sept Trésors du bouddhisme, il symbolise la force, la sagesse et la prudence. Si des éléphants sauvages peuplaient autrefois la Chine durant l’Antiquité, ils furent progressivement repoussés au sud du Yangzi dès le Ier millénaire avant notre ère. Par la suite, la connaissance de l’espèce fut entretenue grâce aux présents diplomatiques d’éléphants asiatiques apprivoisés (Elephas maximus) offerts par les royaumes voisins.
À la suite de l’introduction du bouddhisme en Chine (vers 67 apr. J.-C.), l’éléphant acquit un statut d’animal céleste. Dans les arts décoratifs — bronze, jade ou porcelaine — il est fréquemment représenté supportant des vases ou des pagodes, ou servant de monture à la divinité Puxian Pusa (connue en sanskrit sous le nom de Bodhisattva Samantabhadra, le bodhisattva de la Bienveillance universelle). Un motif particulièrement répandu est celui du « lavage de l’éléphant blanc ». Cette scène fonctionne comme un jeu de mots visuel : en chinois, les termes « éléphant » (xiang) et « apparence » ou « illusion » (xiang) sont homophones. Ainsi, « laver l’éléphant » (sao xiang) renvoie à l’idée de purifier les illusions (sao xiang), étape essentielle vers l’éveil bouddhique. Ce thème est bien documenté sur les porcelaines kraak, notamment sur un exemple du deuxième quart du XVIIe siècle conservé au Museum of East Asian Art Berlin[2].
Les kendi en forme d’éléphant, tels que celui-ci, révèlent une connaissance imparfaite de l’anatomie réelle de l’animal par les potiers chinois. Cela se manifeste notamment dans la petite taille des oreilles et dans le traitement peu naturaliste de la trompe, enroulée vers l’arrière en direction du col.
Il est intéressant de noter qu’un petit vase céladon en forme d’éléphant debout, daté de la dynastie Yuan (1271–1368), a été découvert aux Philippines. Cet exemplaire ancien présente une rosace sur le front de l’animal, une longue housse de selle décorée, un harnachement à pampilles, ainsi qu’une bordure ornementale entourant une courte ouverture tubulaire au sommet du dos. Un tel objet pourrait avoir inspiré la forme et le décor du kendi en forme d’éléphant étudié ici[3]
[1] Teresa Canepa, Kraak Porcelain: The Rise of Global Trade in the Late 16th and Early 17th Centuries, Jorge Welsh Books, 2008, p. 188
[2] inv. no. 1998-9
[3] Teresa Canepa, Kraak Porcelain: The Rise of Global Trade in the Late 16th and Early 17th Centuries, Jorge Welsh Books, 2008, p. 188