Assiette à décor de personnages en porcelaine coquille d’œuf. Chine, Yongzheng

Cette assiette, finement exécutée en porcelaine semi-coquille d’œuf, est décorée dans la palette de la famille rose. Elle présente une scène de personnages représentant une dame tenant une fleur dans sa main gauche, élégamment vêtue de longues robes aux plis souplement retombants, peintes dans des tons de rose, de bleu et de noir. Elle est assise devant une table basse, aux côtés de deux jeunes garçons, dont l’un tient une fleur de lotus. La composition est enrichie par divers éléments de mobilier et objets décoratifs, notamment un vase, des pots couverts et une jardinière fleurie qui contribuent à l’harmonie de la scène. Derrière la dame se dresse une table supportant un brûle-parfum en forme de lion bouddhique, ainsi qu’un récipient contenant des lingzhi et un chasse-mouches rituel. L’aile de l’assiette est rythmée par une alternance de lambrequins floraux délicatement peints.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723-1735)
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 20,5 cm
RÉFÉRENCE : E856
PROVENANCE : -Amsterdam, 1980.
-Provenant de la collection du Dr Anton C. R. Dreesmann (n° d’inventaire J-98), 2002.
-Provenant de la collection de Maude da Conceição Santos Mendonça de Queiroz Pereira, Lisbonne, 2021.
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

Cette assiette est reproduite dans A. Varela Santos, Yongzheng Chinese Export Porcelain: A Private Collection, Londres, 2005, pp. 54-55, pl. 17.

Une assiette identique, autrefois conservée dans la collection de Raoul Warocqué, est aujourd’hui dans les collections du Musée royal de Mariemont (inv. III.D.712).

Un autre exemplaire est conservé dans les collections du Brooklyn Museum (n° d’inventaire 32.1089).

Informations supplémentaires​ :​

La caractéristique la plus remarquable de cette assiette réside dans l’extrême finesse de sa pâte, qui a conduit les spécialistes à désigner ce type de production sous le nom de porcelaine « semi-coquille d’œuf » (semi-eggshell porcelain). Cette technique, également connue sous les termes chinois danpi ou tuotai (littéralement « porcelaine sans corps »), apparaît pour la première fois sous la dynastie Ming, durant le règne de l’empereur Yongle (1402–1424). Elle connaît un nouvel essor sous Chenghua (1464–1487), atteignant alors un degré de raffinement exceptionnel, puis sous Wanli (1572–1620), avant d’être remise à l’honneur sous les Qing, notamment durant les règnes de Kangxi (1662–1722) et de Yongzheng (1723–1735). La production de porcelaines coquille d’œuf se compose principalement de bols, de tasses et soucoupes, ainsi que d’assiettes.

Cette finesse remarquable était obtenue grâce à une pâte contenant une forte proportion de kaolin et une quantité plus réduite de petuntse. Après le tournage, la pièce était reprise sur le tour et amincie au maximum par raclage, jusqu’à obtenir une paroi presque translucide. Le résultat est une matière d’une légèreté et d’une délicatesse exceptionnelles, donnant parfois l’impression d’être constituée de la seule glaçure.

Sous le règne de Yongzheng (1723–1735), les porcelaines coquille d’œuf et semi-coquille d’œuf produites à Jingdezhen reçurent des décors particulièrement raffinés dans la palette de la famille rose, peut-être émaillés à Canton (Guangzhou)[1]. Le revers de certaines de ces porcelaines est recouvert d’un émail rouge rubis, connu sous le nom de ruby-back, qui accentue encore le caractère précieux de ces productions.

Le bassin de cette assiette est décoré d’un sujet domestique emblématique de cette catégorie de porcelaines. Il représente une mère élégamment vêtue éduquant ses fils dans un environnement raffiné, entourée d’objets évoquant la richesse matérielle et culturelle. Ce thème, profondément ancré dans les idéaux confucéens, exprime un souhait de bonheur familial, d’harmonie domestique et de réussite pour la descendance.

Dans le vocabulaire des marchands du XIXe siècle, ces pièces étaient souvent qualifiées d’« assiettes d’échantillon ». Cette appellation, employée notamment par Albert Jacquemart[2], fut probablement empruntée, avec plus ou moins de pertinence, à la terminologie utilisée pour les porcelaines européennes, notamment celles de la manufacture de Sèvres. Elle désignait à l’origine une pièce expérimentale dont le décor, souvent unique, était destiné à démontrer la virtuosité technique et artistique de l’atelier, à servir de modèle pour de futures créations et à être admirée davantage qu’utilisée.

Ce type de décor représentant une mère et ses enfants fut décliné en de nombreuses variantes, tant dans le traitement de la scène centrale que dans celui des bordures. Il fut également reproduit à Canton sur des émaux peints sur cuivre vers le milieu du XVIIIe siècle, avant d’être copié en Europe aux XIXe et XXe siècles.

Au XIXe siècle, le marchand parisien Nicolas Joseph Malinet (1805–1886) se spécialisa dans ces œuvres particulièrement recherchées. Elles furent collectionnées par de grands amateurs tels qu’Adèle de Rothschild (1843–1922) et Adolphe Thiers (1797–1877) en France, ainsi que par Raoul Warocqué (1870–1917) en Belgique.

Références :

[1] Bill Sargent, Chinese and European Ruby-Back Porcelains, Orientations, vol. 54, no. 6, nov./déc. 2023, p. 61.

[2] Albert Jacquemart et Edmond Le Blant, Histoire artistique, industrielle et commerciale de la porcelaine…, Paris, J. Techener, 1862.

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