Informations supplémentaires :La scène représentée est L’Amour et le Badinage, gravée par Pierre Filloeul (1696–1755) d’après Jean-Baptiste Pater, constituant une variante de son œuvre Die Freuden des Landlebens (Les Joies de la vie champêtre). Le tableau original de Pater est signalé en 1928 dans la collection du baron Maurice de Rothschild (1881–1957)[1].
Le cartouche européen illustre parfaitement le style pictural français de la fête galante. Ce terme désigne les élégantes réunions champêtres prisées par l’aristocratie depuis le début du XVIIIᵉ siècle jusqu’aux années 1770. En histoire de l’art, il qualifie des scènes de loisirs raffinés, genre officiellement reconnu en 1717 par l’Académie royale de peinture et de sculpture afin d’accueillir les œuvres novatrices d’Antoine Watteau (1684–1721).
À la mort de Louis XIV, en 1715, l’aristocratie française s’éloigna progressivement du faste cérémoniel de Versailles pour privilégier l’intimité des hôtels particuliers parisiens et des folies. Le terme folie, désignant des demeures privées consacrées à l’agrément et au plaisir, repose sur une ambiguïté volontaire. Il est souvent présenté comme une altération de feuillée, évoquant un abri ombragé de verdure. Mais cette appellation fait également allusion aux dépenses « folles » qu’exigeait leur construction et rappelle les petites maisons, expression qui désignait à la fois ces résidences de plaisance et, par euphémisme, les établissements où étaient internés les aliénés.
Cette forme particulière de sociabilité, associée au raffinement extrême de ces demeures, est admirablement illustrée dans la nouvelle La Petite Maison (1758) de Jean-François de Bastide. L’intrigue met en scène la vertueuse mais esthète Mélite, qui parie qu’elle ne cédera jamais aux avances de Trémicour. Invitée à visiter sa petite maison, elle découvre successivement les deux pavillons et les jardins, avant d’accepter un présent composé de figurines en porcelaine après avoir admiré un cabinet chinois lambrissé de panneaux de laque. Peu à peu submergée par la perfection sensorielle du décor, elle finit par perdre à la fois son sang-froid et son pari.
Dans ces résidences, des personnages élégamment vêtus se livraient à la musique, au badinage et à de légers divertissements théâtraux. La mode elle-même évolua pour accompagner cette nouvelle intimité ; les vêtements féminins devinrent moins contraignants, notamment avec l’apparition de la robe volante. Inspirée de la robe de chambre, cette ample robe flottante incarnait l’élégance décontractée de la Régence. La fête galante s’imposa ainsi comme une version plus raffinée et plus mondaine de la fête champêtre.
Il est rare, dans le répertoire de la porcelaine chinoise d’exportation, de rencontrer un vase associant de manière aussi explicite des motifs européens et chinois. Les deux cartouches semblent proposer deux interprétations parallèles d’un même thème : celui des loisirs et d’une sociabilité raffinée.
Le mot « punch » trouve son origine dans les traditions de la Compagnie britannique des Indes orientales. Cherchant une boisson rafraîchissante adaptée à la chaleur et à l’humidité de l’Inde, les marins britanniques mirent au point une boisson appelée en hindi paantsch (« cinq »), en référence à ses cinq ingrédients essentiels : un alcool, du sucre, un agrume, de l’eau et des épices. À l’origine, la base était l’arrack, une eau-de-vie locale distillée à partir de noix de coco ou de riz. Avec l’expansion de la présence britannique dans les Caraïbes, la composition du punch évolua progressivement : l’arrack fut largement remplacé par le rhum, distillé à partir de la canne à sucre cultivée localement. Au XVIIIᵉ siècle, le punch était devenu un élément essentiel de la sociabilité dans l’Angleterre géorgienne. Il occupait une place centrale lors des réunions élégantes, servi aussi bien avant qu’après les parties de chasse, tout en constituant l’une des boissons emblématiques de l’atmosphère conviviale des clubs privés londoniens réservés aux gentlemen.
Au cours de cette période, de grandes quantités de bols à punch furent fabriquées en Chine pour être exportées vers l’Europe. Ils étaient décorés de sujets variés, allant de scènes chinoises traditionnelles, comme sur le présent exemplaire, à des compositions fidèlement copiées d’après des gravures européennes ou encore à des armoiries spécialement commandées par leurs propriétaires.
[1] Communication de William Motley.