Assiette à décor de personnages en porcelaine coquille d’œuf. Chine, Yongzheng

Cette assiette en porcelaine coquille d’œuf est décorée dans la palette de la famille rose. Le centre présente une élégante scène d’intérieur figurant une dame assise, accompagnée de deux jeunes garçons. La dame, vêtue d’une robe aux plis souples et coiffée d’une élégante coiffure ornée de fleurs et de parures, tient délicatement une fleur dans sa main.Un garçon se tient à ses côtés, tenant un lotus, tandis que l’autre, représenté de dos, s’appuie contre une table verte.

Les personnages sont entourés d’un ensemble de meubles et d’objets précieux, parmi lesquels une grande potiche couverte en bleu et blanc ornée de masques de lions, une jarre jaune richement décorée et un tabouret. Un vase contenant un chasse-mouches et un sceptre ruyi repose sur la table, contribuant au raffinement de la composition. Le cavetto est souligné d’une étroite frise de rinceaux dorés, tandis que la large aile présente un dense décor de motifs géométriques roses, interrompu par quatre réserves chantournées renfermant des branches fleuries et des oiseaux.

Trois médaillons circulaires, ornés de dragons dorés sur fond sombre, ponctuent la bordure.Le décor est exécuté dans une délicate palette d’émaux roses, turquoise, verts, rouge de fer et or, avec un soin particulier apporté aux traits des visages, aux vêtements élaborés des personnages et à l’ornementation raffinée du mobilier et des objets qui les entourent.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723-1735)
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 22.5 cm
RÉFÉRENCE : F021
STATUT : vendu
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Une assiette identique est reproduite par C. Williamson dans The book of famille rose, London, 1927, pl. XXXI.

Informations supplémentaires​ :​

La caractéristique la plus remarquable de cette assiette réside dans l’extrême finesse de sa pâte, qui a conduit les spécialistes à désigner ce type de production sous le nom de porcelaine « semi-coquille d’œuf » (semi-eggshell porcelain). Cette technique, également connue sous les termes chinois danpi ou tuotai (littéralement « porcelaine sans corps »), apparaît pour la première fois sous la dynastie Ming, durant le règne de l’empereur Yongle (1402–1424). Elle connaît un nouvel essor sous Chenghua (1464–1487), atteignant alors un degré de raffinement exceptionnel, puis sous Wanli (1572–1620), avant d’être remise à l’honneur sous les Qing, notamment durant les règnes de Kangxi (1662–1722) et de Yongzheng (1723–1735). La production de porcelaines coquille d’œuf se compose principalement de bols, de tasses et soucoupes, ainsi que d’assiettes.

Cette finesse remarquable était obtenue grâce à une pâte contenant une forte proportion de kaolin et une quantité plus réduite de petuntse. Après le tournage, la pièce était reprise sur le tour et amincie au maximum par raclage, jusqu’à obtenir une paroi presque translucide. Le résultat est une matière d’une légèreté et d’une délicatesse exceptionnelles, donnant parfois l’impression d’être constituée de la seule glaçure.

Sous le règne de Yongzheng (1723–1735), les porcelaines coquille d’œuf et semi-coquille d’œuf produites à Jingdezhen reçurent des décors particulièrement raffinés dans la palette de la famille rose, peut-être émaillés à Canton (Guangzhou)[1]. Le revers de certaines de ces porcelaines est recouvert d’un émail rouge rubis, connu sous le nom de ruby-back, qui accentue encore le caractère précieux de ces productions.

Le bassin de cette assiette est décoré d’un sujet domestique emblématique de cette catégorie de porcelaines. Il représente une mère élégamment vêtue éduquant ses fils dans un environnement raffiné, entourée d’objets évoquant la richesse matérielle et culturelle. Ce thème, profondément ancré dans les idéaux confucéens, exprime un souhait de bonheur familial, d’harmonie domestique et de réussite pour la descendance.

Dans le vocabulaire des marchands du XIXe siècle, ces pièces étaient souvent qualifiées d’« assiettes d’échantillon ». Cette appellation, employée notamment par Albert Jacquemart[2], fut probablement empruntée, avec plus ou moins de pertinence, à la terminologie utilisée pour les porcelaines européennes, notamment celles de la manufacture de Sèvres. Elle désignait à l’origine une pièce expérimentale dont le décor, souvent unique, était destiné à démontrer la virtuosité technique et artistique de l’atelier, à servir de modèle pour de futures créations et à être admirée davantage qu’utilisée.

Ce type de décor représentant une mère et ses enfants fut décliné en de nombreuses variantes, tant dans le traitement de la scène centrale que dans celui des bordures. Il fut également reproduit à Canton sur des émaux peints sur cuivre vers le milieu du XVIIIe siècle, avant d’être copié en Europe aux XIXe et XXe siècles.

Au XIXe siècle, le marchand parisien Nicolas Joseph Malinet (1805–1886) se spécialisa dans ces œuvres particulièrement recherchées. Elles furent collectionnées par de grands amateurs tels qu’Adèle de Rothschild (1843–1922) et Adolphe Thiers (1797–1877) en France, ainsi que par Raoul Warocqué (1870–1917) en Belgique.

Références :

[1] Bill Sargent, Chinese and European Ruby-Back Porcelains, Orientations, vol. 54, no. 6, nov./déc. 2023, p. 61.

[2] Albert Jacquemart et Edmond Le Blant, Histoire artistique, industrielle et commerciale de la porcelaine…, Paris, J. Techener, 1862.

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