Informations supplémentaires :La forme de cette boîte à épices est largement connue grâce aux nombreux exemplaires réalisés au XIXe siècle d’après ce modèle. Toutefois, ces versions postérieures présentent généralement un décor d’émaux rouges sur couverte et des cartouches ornés de feuillages gris. La réapparition de la boîte à épices royale originale constitue donc, en elle-même, un événement remarquable. Les porcelaines de Chine destinées à l’exportation portant les armes de Louis XV ont suscité un intérêt considérable aux XIXe et XXe siècles et ont, par conséquent, fait l’objet de nombreuses copies. Plusieurs différences permettent de distinguer la boîte à épices originale du roi de ces productions postérieures.
La plus notable concerne les armes royales, souvent représentées à l’envers sur les exemplaires à décor rouge, tandis que, sur le modèle original présenté ici, les armoiries épousent parfaitement les contours de la pièce. Par ailleurs, l’intérieur des boîtes du XIXe siècle révèle fréquemment une pâte orangée non émaillée, caractéristique inconnue dans la porcelaine chinoise d’exportation du XVIIIe siècle.
La bordure à motifs de fers de lance des exemplaires postérieurs présente également un dessin sensiblement plus rigide que celui de la commande royale originale. Enfin, sur la plupart des exemplaires du XIXe siècle, les couleurs du motif principal ont disparu au profit d’un fond grisâtre. La bordure dorée à motifs de croisillons sur fond rouge, qui souligne le rebord sans correspondre à celle du couvercle, présente également un caractère trop accentué pour permettre une attribution au XVIIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, le commerce des épices s’inscrivait dans un système d’échanges mondialisé dominé par les grandes compagnies à privilèges, notamment la Vereenigde Oostindische Compagnie (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) et l’East India Company (Compagnie anglaise des Indes orientales), tandis que la Compagnie française des Indes orientales occupait une place plus modeste. Le poivre, la noix de muscade, le macis, le clou de girofle et la cannelle étaient acheminés depuis l’Inde, Ceylan et l’archipel indonésien, suivant des routes maritimes reliant Batavia, Calcutta et Pondichéry à Amsterdam, Londres et Lorient. Bien que ces denrées n’aient plus constitué les raretés exceptionnelles des siècles précédents, elles demeuraient des marchandises stratégiques, souvent soumises à des monopoles rigoureux, particulièrement ceux imposés par les Hollandais dans les Moluques.
Les ventes aux enchères publiques organisées en Europe contribuaient à la formation des prix et assuraient la distribution de ces marchandises auprès des élites et d’une bourgeoisie en pleine ascension. Au cours du siècle, toutefois, la prépondérance des épices céda progressivement la place au thé, au café et au sucre, témoignant d’une évolution des goûts et des réseaux commerciaux.
Fait remarquable, le commerce des épices et de la porcelaine est à l’origine de quelques-uns des rares emprunts de la langue française au chinois. En 1762, le Dictionnaire de l’Académie française consacrait plusieurs de ces termes : la badiane, ou anis étoilé, dont le nom dériverait du chinois bajiao (« huit cornes »), peut-être par l’intermédiaire du persan ; ainsi que deux matières premières essentielles à la fabrication de la porcelaine, le kaolin (gaoling) et le pétuntse (baidunzi). L’introduction de ces mots dans le vocabulaire français reflète l’engouement pour ces marchandises dans les salons du siècle des Lumières.
La forme de cette boîte s’inspire d’un modèle français produit en porcelaine tendre à la manufacture de Saint-Cloud ainsi qu’en faïence, probablement d’après un prototype en argent. Au XVIIIe siècle, ces récipients étaient fréquemment désignés sous le terme de « poivriers ».