La boîte à épices royale de Louis XV, roi de France (1710–1774). Chine, Yongzheng, vers 1725–1728

La boîte à épices trilobée, en forme de feuille de trèfle, se compose de trois compartiments aux extrémités chantournées, se rejoignant autour d’un cercle central. Elle repose sur trois pieds en forme de pattes et est accompagnée de son couvercle bombé, surmonté d’une prise figurant une mûre émergeant d’une fleur sculptée.

Cette boîte présente le répertoire décoratif et la palette polychrome caractéristiques des différentes commandes réalisées pour le roi Louis XV dans les années 1720 et 1730. Le principal motif ornemental se compose de deux feuilles de lotus superposées, peintes en bleu sous couverte, soutenant une fleur de chrysanthème, elle-même surmontée d’une corbeille contenant un cédrat digité (main de Bouddha), symbole de longévité, une gourde symbolisant l’abondance, ou peut-être deux kakis évoquant l’accomplissement des souhaits. Sur le couvercle, la corbeille repose sur une branche de pivoine fleurie, tandis que, sur le corps de la boîte, elle se détache sur une feuille de lotus, motif principal de cette commande royale.

L’une des extrémités, en forme de feuille, porte les armes royales de France : d’azur à trois fleurs de lys d’or, entourées des colliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, le tout sommé de la couronne royale de France.

Le décor comprend également des branches de pivoines et des fleurs de chrysanthème inscrites dans des cartouches arrondis. La bordure est ornée d’une frise florale intégrant le chiffre du roi — deux « L » affrontés, accompagnés de branches de laurier — inscrit dans des cartouches disposés sur le corps de la boîte. La prise du couvercle, figurant une mûre émergeant d’une fleur sculptée, est entourée de motifs en fers de lance, caractéristiques du style de la fin de l’époque Kangxi.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723–1735), circa 1725–1728
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 13 cm x 8 cm
RÉFÉRENCE : E917
PROVENANCE : Collection particulière française
STATUT : vendu
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À notre connaissance, aucune autre boîte à épices en porcelaine de Chine d’exportation du XVIIIe siècle portant les armes de Louis XV n’a été répertoriée. Cette provenance royale confère donc au présent exemplaire un caractère unique à ce jour.

Informations supplémentaires​ :​

La forme de cette boîte à épices est largement connue grâce aux nombreux exemplaires réalisés au XIXe siècle d’après ce modèle. Toutefois, ces versions postérieures présentent généralement un décor d’émaux rouges sur couverte et des cartouches ornés de feuillages gris. La réapparition de la boîte à épices royale originale constitue donc, en elle-même, un événement remarquable. Les porcelaines de Chine destinées à l’exportation portant les armes de Louis XV ont suscité un intérêt considérable aux XIXe et XXe siècles et ont, par conséquent, fait l’objet de nombreuses copies. Plusieurs différences permettent de distinguer la boîte à épices originale du roi de ces productions postérieures.

La plus notable concerne les armes royales, souvent représentées à l’envers sur les exemplaires à décor rouge, tandis que, sur le modèle original présenté ici, les armoiries épousent parfaitement les contours de la pièce. Par ailleurs, l’intérieur des boîtes du XIXe siècle révèle fréquemment une pâte orangée non émaillée, caractéristique inconnue dans la porcelaine chinoise d’exportation du XVIIIe siècle.

La bordure à motifs de fers de lance des exemplaires postérieurs présente également un dessin sensiblement plus rigide que celui de la commande royale originale. Enfin, sur la plupart des exemplaires du XIXe siècle, les couleurs du motif principal ont disparu au profit d’un fond grisâtre. La bordure dorée à motifs de croisillons sur fond rouge, qui souligne le rebord sans correspondre à celle du couvercle, présente également un caractère trop accentué pour permettre une attribution au XVIIIe siècle.

Au XVIIIe siècle, le commerce des épices s’inscrivait dans un système d’échanges mondialisé dominé par les grandes compagnies à privilèges, notamment la Vereenigde Oostindische Compagnie (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) et l’East India Company (Compagnie anglaise des Indes orientales), tandis que la Compagnie française des Indes orientales occupait une place plus modeste. Le poivre, la noix de muscade, le macis, le clou de girofle et la cannelle étaient acheminés depuis l’Inde, Ceylan et l’archipel indonésien, suivant des routes maritimes reliant Batavia, Calcutta et Pondichéry à Amsterdam, Londres et Lorient. Bien que ces denrées n’aient plus constitué les raretés exceptionnelles des siècles précédents, elles demeuraient des marchandises stratégiques, souvent soumises à des monopoles rigoureux, particulièrement ceux imposés par les Hollandais dans les Moluques.

Les ventes aux enchères publiques organisées en Europe contribuaient à la formation des prix et assuraient la distribution de ces marchandises auprès des élites et d’une bourgeoisie en pleine ascension. Au cours du siècle, toutefois, la prépondérance des épices céda progressivement la place au thé, au café et au sucre, témoignant d’une évolution des goûts et des réseaux commerciaux.

Fait remarquable, le commerce des épices et de la porcelaine est à l’origine de quelques-uns des rares emprunts de la langue française au chinois. En 1762, le Dictionnaire de l’Académie française consacrait plusieurs de ces termes : la badiane, ou anis étoilé, dont le nom dériverait du chinois bajiao (« huit cornes »), peut-être par l’intermédiaire du persan ; ainsi que deux matières premières essentielles à la fabrication de la porcelaine, le kaolin (gaoling) et le pétuntse (baidunzi). L’introduction de ces mots dans le vocabulaire français reflète l’engouement pour ces marchandises dans les salons du siècle des Lumières.

La forme de cette boîte s’inspire d’un modèle français produit en porcelaine tendre à la manufacture de Saint-Cloud ainsi qu’en faïence, probablement d’après un prototype en argent. Au XVIIIe siècle, ces récipients étaient fréquemment désignés sous le terme de « poivriers ».

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