Assiette à décor armorié pour le marché suédois (Gyllenborg and Wright). Chine, Yongzheng

L’assiette est finement décorée dans la palette de la famille rose, avec des rehauts d’or. Au centre figurent les armoiries accolées des familles Gyllenborg et Wright, surmontées d’une couronne comtale. Les armoiries sont inscrites dans un élégant cartouche doré et flanquées de deux chevaux ailés cabrés faisant office de supports. L’ensemble repose sur un ornement floral stylisé traité en rouge de fer, turquoise, vert et or.

La composition centrale est encadrée d’une étroite frise ornementale de rinceaux feuillagés, interrompue par quatre cartouches floraux polychromes, principalement traités en turquoise, rose, jaune et vert. Le large cavetto, laissé en grande partie sans décor, forme un sobre fond blanc qui met en valeur la richesse de la composition héraldique.

L’aile est ornée de quatre rameaux fleuris dorés agrémentés de délicates feuilles bleues, alternant avec quatre motifs stylisés entrelacés d’où s’échappent des ornements évoquant des flammes, l’ensemble étant souligné de rouge de fer et d’or. Une fine bordure de points ceint le pourtour extérieur, tandis que des filets supplémentaires en rouge de fer et à l’or délimitent les différents registres du décor.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723-1735), circa 1733
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 22.5 cm
RÉFÉRENCE : E639
STATUT : disponible
Œuvres en rapport :​

J. Wirgin, Fran Kina till Europa, Stockholm, 1998, p. 124

Pour une assiette identique, voir The Chinese Porcelain Company, Important Chinese Export Art, 1998, no. 32.

Informations supplémentaires​ :​

Cette assiette magnifiquement émaillée est le fruit des premières entreprises de la Compagnie suédoise des Indes orientales. Fondée à Göteborg le 14 juin 1731 par Henrik König, la Compagnie fut la première organisation suédoise à parvenir à établir durablement un commerce avec l’Orient. Göteborg étant le seul port situé sur la côte occidentale de la Suède offrant un accès vers l’Europe et l’Orient, la ville s’imposa naturellement comme le centre du commerce avec les Indes orientales.

La première demande de privilège pour la création d’une Compagnie des Indes orientales avait été soumise au roi Gustave-Adolphe en 1624. Présenté par le Hollandais Willem Usselincx, le projet obtint effectivement une charte, mais l’engagement de la Suède dans la guerre de Trente Ans empêcha sa réalisation. Une nouvelle tentative eut lieu quelque quarante années plus tard, à l’initiative d’Olle Borg, un Suédois qui avait travaillé pendant dix-huit ans pour la VOC. Borg réussit à émettre et à placer des actions ainsi qu’à constituer un conseil d’administration, mais des troubles politiques mirent également un terme à cette entreprise. En 1720, le baron Daniel Nicholas von Höpken, alors secrétaire d’État, obtint à son tour une charte, mais ne parvint pas à réunir les capitaux nécessaires au lancement des activités commerciales. Finalement, en 1731, Henrik König obtint du Parlement suédois un privilège d’une durée de quinze ans l’autorisant à commercer avec les Indes orientales ainsi qu’avec tous les territoires situés à l’est du cap de Bonne-Espérance.

König choisit comme associés au conseil d’administration l’Écossais Colin Campbell et Niclas Sahlgren, négociant de Göteborg. Campbell occupa la fonction de subrécargue lors du premier voyage. Le 9 février 1732, le Fredericus Rex Sueciae quitta Göteborg avec, outre Campbell, trois autres subrécargues anglais. Le navire regagna Göteborg sain et sauf plus d’un an plus tard, après avoir été brièvement retenu à Batavia par sept bâtiments de guerre hollandais. La Compagnie dut faire face non seulement à l’opposition des puissances étrangères — notamment les Anglais, les Français et les Hollandais, qui voyaient d’un mauvais œil cette nouvelle concurrence — mais également à une certaine hostilité en Suède. Une partie de la population suédoise appréciait peu cette « invasion » de marchandises étrangères — porcelaines, soieries et thé — ainsi que la présence de partenaires étrangers dans l’entreprise de König.

Malgré ces critiques, la Compagnie poursuivit ses activités et envoya une deuxième expédition, le Queen Ulrica Eleonora, le 9 février 1733. Les Suédois devaient encore rencontrer de nombreuses difficultés en Orient, mais le succès de ces deux premières expéditions constitua une base solide sur laquelle la Compagnie put ensuite développer ses activités.

Il est possible que cette assiette ait appartenu à un service rapporté en Suède par l’une de ces premières expéditions, le voyage suivant n’ayant eu lieu qu’en 1739. Peinte dans les émaux de la famille rose et rehaussée d’or, elle présente au centre des armoiries entourées d’une frise émaillée et dorée que l’on retrouve également sur le service Höpken. Le décor de la bordure apparaît par ailleurs, sous différentes variantes, sur d’autres services destinés à l’exportation.

Le service fut commandé par Carl Gyllenborg (1679-1746), qui épousa Sarah Wright en 1710. Carl Gyllenborg (1679–1746) fut l’une des figures majeures de la diplomatie et de la vie politique suédoises durant la première moitié du XVIIIe siècle. Né à Stockholm au sein d’une puissante famille de la noblesse, il était le fils du comte Jacob Gyllenborg, conseiller royal et gouverneur de l’Uppland. Sa carrière prit très tôt une dimension internationale : envoyé à Londres en 1703 comme secrétaire de la légation suédoise, il y fut nommé résident en 1710 puis envoyé extraordinaire en 1715. C’est à Londres qu’il épousa, en 1710, Sarah Wright (1680–1745), riche veuve anglaise d’Elias Derith. Bien introduite dans les milieux politiques et intellectuels britanniques, notamment auprès des Tories et des sympathisants jacobites, Sarah Wright disposait d’une fortune importante qui permit au couple de tenir une maison remarquée dans la capitale anglaise. Gyllenborg fut lui-même étroitement mêlé aux intrigues diplomatiques visant à favoriser une restauration de la dynastie des Stuart ; soupçonné de participer à un complot jacobite, il fut arrêté par les autorités britanniques en 1717 et détenu pendant plusieurs mois. De retour en Suède, il poursuivit une brillante ascension politique : nommé conseiller du royaume en 1723, puis président de la Chancellerie en 1739, il devint l’un des principaux dirigeants du parti des Chapeaux (Hattarna) et compta parmi les personnalités les plus influentes du royaume jusqu’à sa mort en 1746.

La commande de ce service armorié doit être replacée dans le contexte des débuts du commerce maritime direct entre la Suède et la Chine. La Compagnie suédoise des Indes orientales (Svenska Ostindiska Companiet), fondée à Göteborg en 1731, entreprit son premier voyage vers Canton dès l’année suivante. Les porcelaines armoriées rapportées par ses premières expéditions témoignent de l’intérêt immédiat de l’aristocratie et des élites suédoises pour les marchandises chinoises désormais accessibles par l’intermédiaire d’une compagnie nationale. Le service Gyllenborg-Wright appartient ainsi à cette première génération de commandes privées suédoises en porcelaine de Chine.

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