Informations supplémentaires :Le décor de prunier sur fond de glace craquelée, traditionnellement désigné en Occident sous le nom de « Hawthorn », compte parmi les compositions les plus emblématiques produites dans les fours de Jingdezhen sous le règne de Kangxi (1662–1722). Malgré cette appellation anglaise solidement ancrée dans l’usage, le motif ne représente pas l’aubépine, mais les fleurs du prunier de Chine (Prunus mume), l’un des symboles les plus importants de l’art et de la littérature chinoises. Le terme Hawthorn trouve son origine dans une erreur d’identification botanique commise par les premiers collectionneurs anglais au XIXᵉ siècle, avant de s’imposer durablement dans la littérature occidentale.
Le décor de prunier sur fond de glace craquelée (bingmeiwen 冰梅纹) apparaît sous le règne de Kangxi (1662–1722) et constitue l’une des créations les plus originales des ateliers de Jingdezhen. Si les motifs du prunier et de la glace craquelée étaient déjà connus séparément sous les Ming, leur association semble avoir été élaborée au début de la période Qing.
Le prunier est le premier arbre à fleurir à la fin de l’hiver, souvent alors que la neige et la glace recouvrent encore le sol. Ses délicates fleurs à cinq pétales, réservées en blanc sur un fond d’un profond bleu de cobalt parcouru d’un réseau de fines lignes évoquant la glace qui se fissure, annoncent l’arrivée du printemps. Cette image poétique symbolise le renouveau, la résilience et le triomphe de la vie sur les rigueurs de l’hiver. Elle incarne également la pureté, l’intégrité morale et la persévérance, vertus depuis longtemps célébrées par les lettrés chinois. Les branches noueuses et vieillissantes du prunier renforcent encore cette symbolique en évoquant la vigueur et l’endurance malgré le passage du temps.
La richesse symbolique du décor est encore renforcée par l’association de la fleur de prunier aux Cinq Bonheurs (wufu) : la longévité, la richesse, la santé, l’amour de la vertu et une mort paisible. Ces bénédictions sont évoquées par les cinq pétales de chaque fleur, le chiffre cinq étant considéré comme particulièrement faste dans la tradition chinoise. Qu’il soit représenté sous la forme de fleurs éparses sur un fond de glace craquelée ou de branches fleuries surgissant de la glace en train de fondre, ce motif célèbre la fin de l’hiver et la promesse d’un nouveau commencement.
Ce décor connut un immense succès aussi bien en Chine qu’à l’exportation. Les potiers de Jingdezhen surent exploiter avec une remarquable virtuosité les qualités expressives du bleu de cobalt, créant un contraste saisissant entre l’éclat des fleurs réservées en blanc et la profondeur du fond bleu. Au XIXᵉ siècle, ces grands pots et vases couverts figuraient parmi les porcelaines bleu et blanc chinoises les plus admirées en Europe. Ils occupaient une place de choix dans les collections et les demeures des amateurs victoriens et contribuèrent largement à l’engouement suscité par le mouvement esthétique (Aesthetic Movement).