Informations supplémentaires :Ces scènes constituent une manifestation visuelle des valeurs confucéennes — ordre, hiérarchie et bon gouvernement. Le style se distingue par des compositions denses et fortement structurées, ainsi que par un ton narratif nettement plus cérémoniel et formel que les représentations fluides et poétiques du règne précédent de l’empereur Yongzheng.
Produites à la fois pour le marché intérieur et pour l’exportation — notamment à Canton — ces pièces conservent un vocabulaire iconographique chinois traditionnel tout en adoptant un caractère décoratif plus affirmé. Elles constituent ainsi de remarquables témoignages visuels de la culture administrative et de l’idéologie du pouvoir en Chine au XVIIIe siècle.
La forme fanghu trouve son origine dans les bronzes rituels archaïques des dynasties Shang dynasty et Zhou dynasty. À la fin du règne de Qianlong Emperor, cette typologie est réinterprétée selon un contour losangique, prouesse technique nettement plus complexe que les formes carrées ou circulaires usuelles. Au-delà de sa tension structurelle, cette section losangée constitue une transposition tridimensionnelle du motif fangsheng (方胜), ou double losange. Traditionnellement associé à la victoire et à l’harmonie conjugale, ce schéma géométrique élève ces vases du statut d’objets décoratifs à celui d’emblèmes puissants de réussite et de prospérité duale.
Le motif caractéristique en treillis en Y — évoquant une vannerie ou une cotte de mailles — qui orne les bordures possède une forte résonance historique. Ce décor, attesté sur des armures anciennes, apparaît notamment sur le gilet porté par l’empereur Yongzheng dans son célèbre portrait de chasse au tigre. Dans cette peinture singulière réalisée par le jésuite Giuseppe Castiglione (connu en Chine sous le nom de Lang Shining), l’empereur est représenté en costume européen complet, perruque comprise, à une époque marquée par une fascination mutuelle et des échanges culturels raffinés entre Orient et Occident, caractéristiques du commerce de la porcelaine au XVIIIe siècle.
Un détail iconographique particulièrement intéressant réside dans la petite plaque rouge (mendi, 门第) apposée sur l’un des pavillons, indiquant le « rang noble » ou la « lignée illustre » du foyer. Sa couleur et sa fonction évoquent l’univers du grand roman chinois Dream of the Red Chamber. Le rouge opulent y agit comme un raccourci visuel des « demeures rouges » de la haute aristocratie et du mode de vie fastueux de l’élite dirigeante. L’un des personnages principaux, Baoyu, jeune lettré privilégié, se livre notamment à l’exercice raffiné de nommer les pavillons nouvellement construits dans le parc familial — une forme de mise en scène culturelle qui fait écho au statut des figures représentées sur ces vases.
Alors que le début du XVIIIe siècle se caractérise par un usage encore mesuré et parcimonieux des émaux de la famille rose récemment introduits, cette paire illustre un sommet de luxe dans l’émaillage. La palette est employée avec profusion, couvrant la surface de compositions denses et superposées, reflet de l’immense richesse de la période Qianlong tardive. L’emploi de bordures à dragons archaïsants, rappelant les duobaoge (cabinets à trésors), témoigne d’un goût marqué pour l’association de répertoires historiques variés.
Si les décors dits « mandarins » apparaissent sur diverses formes — le plus souvent balustres —, le fanghu à section losangée demeure sans conteste la variante la plus rare et la plus spectaculaire. Un vase de cette forme figurait notamment dans la célèbre collection Hodroff.