Rare groupe en porcelaine de la famille rose représentant un couple hollandais debout. Chine, Qianlong

Ce couple européen est modelé dans une posture de danse, comme au commencement d’un menuet. L’homme se tient à gauche de la femme, son bras droit posé sur les épaules de celle-ci, tandis qu’il tient sa main gauche de la sienne. Il porte un chapeau noir orné d’une fleur au sommet, posé sur une longue chevelure brune et bouclée, une veste turquoise à décor floral sur un long gilet brun, une culotte rouge de fer, des guêtres blanches et des souliers noirs pointus.

La femme est représentée coiffée d’un châle rouge de fer décoré de fleurs blanches et d’une fleur de lotus dorée autour de la tête. Elle porte une veste verte fermée par une ceinture brune, un corsage blanc à boutons dorés, ainsi qu’une longue jupe plissée rose ornée de fleurs rouge de fer et d’un ourlet brun rehaussé de rinceaux dorés, nouée à la taille par un ruban doré appliqué en relief. Dans sa main, elle tient un mouchoir bleu. Le couple repose sur un socle rectangulaire à glaçure orangée, percé d’ouvertures polylobées sur les faces avant et arrière. Les côtés sont décorés de motifs floraux moulés, peints en rouge de fer, vert et jaune. La base du socle est peinte d’un rouge de fer éclatant, tandis que le talon demeure non émaillé.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Qianlong (1735-1795), circa 1740-1760
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 25 cm
RÉFÉRENCE : E860
STATUT : disponible
Œuvres en rapport :​

Un groupe identique[2], anciennement dans la collection du Dr Anton Dreesman, est conservé dans les collections de la Fondation Albuquerque.

Un autre groupe, autrefois dans les collections de Nelson Rockefeller et de Happy Rockefeller, puis dans la collection Espírito Santo, a été publié par Cohen & Cohen dans The Elephant in the Room[3].

D’autres figures appartenaient également aux anciennes collections Mottahedeh et Ionides, ainsi qu’au Peabody Essex Museum, provenant de la collection Copeland.

Cohen & Cohen présenta plusieurs exemples de ce modèle dans leurs catalogues de 2006, 2008 et 2020.

Des exemplaires de ce modèle sont également connus avec une base rocheuse, probablement conçue comme prototype des figures dansantes plus tardives. Un exemple appartenait encore à la collection Martin Hurst[4].

[2] INV. NO. 479

[3] Cohen & Cohen, The Elephant in the Room, 2019, no. 21, pp. 54–57.

[4] George Williamson, The Book of Famille Rose, 1970, pl. XLI.

Informations supplémentaires​ :​

Ce groupe figure parmi les sujets les plus rares, les plus célèbres et les plus emblématiques de la porcelaine chinoise d’exportation. Il fut autrefois identifié à tort comme représentant le « gouverneur Duff » et son épouse, une erreur faisant référence au gouverneur hollandais de Batavia, Diederick Durven (1676–1740), administrateur colonial et gouverneur général des Indes orientales néerlandaises de 1729 à 1732.

Ces figures ne correspondent pas à la majorité des autres modèles d’exportation, et leur destination exacte demeure incertaine. Bien qu’elles semblent avoir été produites pour le marché hollandais — plusieurs exemplaires ayant manifestement été exportés vers l’Europe — elles pourraient également avoir été réalisées pour divertir un public chinois, voire même pour la cour Qing[1]. L’Empereur Qianlong est en effet connu pour son intérêt envers les objets décorés de figures européennes, perçus comme des curiosités exotiques. Ces groupes se caractérisent par une synthèse d’influences européennes et chinoises : si les costumes reflètent la mode européenne contemporaine du XVIIIe siècle, leur décor incorpore des fleurs de prunus et d’autres motifs floraux traités dans un goût résolument chinois. La forme du socle suggère également que ces groupes n’étaient pas exclusivement destinés à l’exportation, des bases analogues se rencontrant parfois sur des porcelaines destinées au marché intérieur chinois.

La représentation de tels couples apparaît dans des ouvrages illustrés décrivant les « barbares étrangers » et expliquant leurs coutumes à un lectorat chinois. Il est presque certain que ces figures furent conçues comme des pendants : le premier groupe, comme ici, montre le couple s’apprêtant à danser, l’homme se tenant jambes écartées tout en guidant l’épaule de sa partenaire ; le second groupe les représente tournoyant au cœur même de la danse.

La pose tournoyante fut très probablement influencée par un modèle de couple dansant produit pour la première fois à la manufacture de Meissen, puis copié par des ateliers chinois ainsi que par les manufactures de Bow, Chelsea et Derby. Initialement modelé par Johann Friedrich Eberlein en 1735 pour Meissen, le groupe fut ensuite repris par Johann Joachim Kändler et mentionné dans son Taxa de 1743 sous la désignation : « Arlequin et une jeune femme exécutant une danse polonaise, probablement une mazurka ».

Bien que très peu d’exemplaires de ce groupe soient aujourd’hui connus, la découverte de l’épave du navire de la VOC Geldermalsen en 1985 permit de retrouver cinq exemplaires endommagés. Ayant perdu leurs émaux à la suite d’une longue immersion en mer, ces figures fournirent néanmoins des éléments déterminants permettant de dater le modèle vers 1752.

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