Tasse famille rose à décor d’un paysage shanshui. Chine, Yongzheng

La tasse et sa soucoupe sont peintes d’une scène centrale de paysage shanshui (montagnes et eaux), figurant des personnages à bord d’une barque (sampan) longeant une rive fluviale bordée de pavillons. Ce paysage est encadré par un système de double bordure : un filet jaune enlacé à des panneaux ruyi à fond en résille rose, et une frise de pétales de lotus stylisés, évoquant les compositions structurées des émaux cloisonnés impériaux, où le lotus — symbole bouddhique fondamental de pureté — est souvent traité en corolle. Cet agencement, combiné aux huit têtes de ruyi, suggère subtilement les Huit Trésors auspicieux du bouddhisme (babao).

Les rinceaux floraux environnants, incluant des pivoines et des prunus clairement identifiables, sont rendus de manière plus naturaliste. Cette tension entre l’organique et le structuré se prolonge jusqu’à l’aile extérieure, où une délicate frise de rinceaux symétriques et élancés encadre des fleurs à cinq pétales. Ces rinceaux peuvent être interprétés par le regardeur comme des nuages, des lingzhi (champignons d’immortalité) ou encore des dragons archaïsants.

PAYS : Chine
ÉPOQUE : Yongzheng (1723-1735)
MATIÈRE : Porcelaine
TAILLE : 11.6 cm x 5.5 cm
RÉFÉRENCE : E907
PROVENANCE : Collection privée de Khalil Rizk, New York, 2008.
STATUT : vendu
Œuvres en rapport :​

La provenance de cette tasse et de sa soucoupe est liée à The Chinese Porcelain Company, l’une des galeries les plus emblématiques et prestigieuses de New York. Fondée en 1984 par Khalil Rizk et Pierre Durand, la galerie fut un pilier de la scène artistique de Manhattan, réputée pour son érudition et sa capacité à établir des passerelles entre l’art asiatique et les traditions décoratives européennes.

Rizk, figure d’une grande élégance et d’un goût sûr, et Durand, financier animé d’une profonde passion pour les arts décoratifs, jouèrent un rôle déterminant dans la structuration du marché de la porcelaine d’exportation chinoise de qualité. Leur héritage dépasse largement le cadre de la galerie : en tant que cofondateurs de Asia Week New York, ils contribuèrent à faire de la ville un centre majeur pour l’étude de l’art asiatique. La galerie se distingua également par son engagement scientifique, publiant, du milieu des années 1980 au début des années 2000, une série de catalogues de référence faisant aujourd’hui autorité auprès des collectionneurs.

Une tasse à thé et sa soucoupe présentant le même décor, provenant de la collection Martin Hurst, sont illustrées par G. C. Williamson dans The Book of Famille Rose[1]

[1] G. C. Williamson in The book of Famille Rose, 1927, plate XII

Informations supplémentaires​ :​

La virtuosité technique du début de la période Yongzheng (1723–1735) se manifeste également dans l’usage complexe des fonds en résille (diaper). Trois motifs distincts coexistent ici, dont le « Y-diaper », un décor d’origine ancienne que l’on retrouve sur les premières armures chinoises. Un autre motif associe des octogones et des carrés, rappelant de manière frappante le dallage à cabochons, caractéristique des intérieurs français du Grand Siècle jusqu’au XVIIIe siècle. Cette universalité géométrique suggère un langage esthétique partagé entre l’Orient et l’Occident, où ces motifs étaient appréciés pour leur rythme équilibré. En Chine, ces décors répétitifs furent également portés à un haut degré de perfection dans les laques, notamment appliqués à des formes tridimensionnelles telles que des boîtes en forme de fruits, où le motif s’adapte subtilement à la courbure de l’objet. Sur cette porcelaine, les fonds jouent un rôle structurel similaire, constituant un champ dense dont émergent les scènes figurées.

Demande de condition report