Le décor de ce plat monumental, somptueusement émaillé dans une palette de famille rose-verte, s’organise autour d’une scène de cour. Inscrite dans un jardin de palais bordé de treillages fleuris, la composition met en scène des cavalières vêtues de robes aux couleurs éclatantes, saisies dans des attitudes animées, juchées sur des chevaux rendus avec une remarquable vigueur et un sens du mouvement particulièrement expressif. À droite, un pavillon à plusieurs niveaux, doté d’une terrasse à balustrade, abrite plusieurs figures masculines observant le spectacle équestre. Leur présence instaure un subtil jeu de regards et de plans superposés, conférant à l’ensemble une dynamique sophistiquée. L’une des figures est représentée en mouvement, semblant franchir la balustrade pour descendre vers la cour. L’arrière-plan est richement structuré de rochers ajourés de lettrés, de pins noueux et de nuées flottantes, qui renforcent la profondeur de la composition.
Le cavet se divise élégamment en six cartouches lobés, chacun renfermant des scènes secondaires de jeunes femmes et d’enfants dans des moments de loisir ou d’étude. Ces réserves alternent avec un fond ponctué dense, orné de pivoines en rinceaux et de feuillages, offrant un contraste décoratif luxuriant. L’ensemble du décor est exécuté avec une précision calligraphique, au moyen d’une palette raffinée d’émaux roses, verts, bleu de cobalt, jaunes et noirs, le tout rehaussé d’un fin filet d’or. Le revers est laissé sans décor.
Cette scène vibrante constitue un motif emblématique du répertoire de la porcelaine chinoise d’exportation du XVIIIᵉ siècle. Elle a longtemps été identifiée comme représentant les Yangmen nüjiang 杨门女将 (« Les Femmes Générales de la famille Yang »), célèbre récit de douze héroïnes guerrières ayant défendu la dynastie Song du Nord (960–1127) contre les envahisseurs Liao. Cette interprétation demeure largement répandue dans les publications et catalogues contemporains. Toutefois, une lecture plus nuancée fut proposée dès le XIXᵉ siècle par Albert Jacquemart (1808–1875) et Edmond Le Blant (1818–1897) dans leur ouvrage de référence Histoire artistique, industrielle et commerciale de la porcelaine. Ils y voient plutôt l’empereur Yang 炀帝 de la dynastie Sui (581–618) assistant à une démonstration équestre donnée par les dames de sa cour. Cette interprétation alternative déplace l’accent d’une scène d’héroïsme martial vers une évocation de loisirs impériaux et d’élégance de cour, en parfaite adéquation avec le raffinement des périodes Yongzheng et début Qianlong.