Informations supplémentaires :Le terme Imari kinrande désigne un type de porcelaine japonaise produit à Arita à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, durant l’époque Edo. Il représente l’expression la plus somptueuse des porcelaines d’Arita destinées à l’exportation. Le terme kinrande, qui signifie « style de brocart d’or », évoque la richesse textile de son décor. Ces pièces associent le bleu de cobalt sous couverte au rouge de fer sur couverte et à une abondante dorure, créant des surfaces d’une remarquable intensité visuelle. Les compositions sont denses et soigneusement structurées, souvent organisées en une alternance de médaillons et de registres. Les motifs comprennent généralement des pivoines, des chrysanthèmes, des rinceaux feuillagés et le mythique karashishi. La profusion ornementale produit un effet opulent, presque théâtral, manifestement destiné à impressionner. Cette esthétique correspondait étroitement au goût baroque européen, caractérisé par une prédilection pour la symétrie, l’éclat et l’abondance décorative. À l’inverse, les porcelaines Kakiemon privilégient de larges réserves de fond blanc, des compositions plus aérées et une élégance plus retenue. Là où le kinrande se distingue par sa luxuriance et la densité de son décor, le Kakiemon recherche l’équilibre et la clarté visuelle. Le décor Imari kinrande apparaît le plus souvent sur de grandes potiches couvertes, des vases monumentaux — fréquemment conçus pour former des garnitures — ainsi que sur des plats de dimensions exceptionnelles. Ces pièces représentent ainsi la facette la plus spectaculaire et la plus ornementale des premières porcelaines japonaises d’exportation.
Le décor constitue une véritable encyclopédie botanique de plantes auspicieuses. Des fleurs de prunus et de lotus dominent la composition, ces dernières étant reconnaissables à leur cœur caractéristique chargé de graines. Parmi elles s’entremêlent des grenades mûres — symboles de fertilité et de nombreuse descendance — ainsi que des chrysanthèmes, associés à la longévité et à la constance du lettré.
Au milieu de cette profusion florale apparaît un arrangement de lettré, inscrivant le monde naturel dans un contexte culturel. Sur une table finement représentée, un grand vase contient une élégante orchidée, emblème de raffinement et de modestie. À proximité, un brûle-parfum repose sur une table à encens, évoquant les pratiques olfactives et contemplatives propres à l’univers des lettrés.
L’artiste déploie un traitement sophistiqué de l’espace, quoique volontairement fragmenté. La table du lettré est représentée selon une perspective clairement définie, avec un plateau orné d’un motif moku-me imitant les veines du bois. Cette illusion de profondeur tridimensionnelle est toutefois délibérément interrompue et aplatie par l’insertion de grandes réserves hexagonales évoquant les écailles d’une carapace de tortue. Ces hexagones fonctionnent comme autant de fenêtres secondaires, renfermant d’autres scènes naturalistes ainsi que des représentations bidimensionnelles de karashishi, les lions gardiens mythiques d’origine chinoise.
La potiche est couronnée d’une magnifique prise tridimensionnelle en forme de karashishi, émaillée dans de chaudes tonalités ocre et turquoise. Cette créature protectrice trouve un écho dans le décor de la panse, où elle apparaît sous forme bidimensionnelle à l’intérieur des registres hexagonaux. Le karashishi symbolise la protection du savoir sacré.
Les pièces de cette ampleur n’étaient pas de simples récipients de conservation ; elles constituaient de véritables instruments de représentation dans les intérieurs de cour, où l’intimité des appartements privés rencontrait l’ostentation du protocole royal. Dans les palais européens, ces grandes potiches étaient souvent disposées par paires ou réunies en garnitures. Un remarquable parallèle historique se trouve dans le Cabinet chinois ovale du château de Schönbrunn à Vienne. Une paire de potiches de ce type, placées sur d’élégants supports rococo en bois doré, domine le parquet géométrique de la pièce. Ce salon, destiné au jeu et à la sociabilité, présente des boiseries rococo blanches et or dans lesquelles sont enchâssés des panneaux de laque chinoise noire et or, tandis que de nombreuses consoles supportent des porcelaines de plus petites dimensions.
La création de cette potiche coïncide avec une période de vive concurrence pour la conquête du marché européen. Dès le début du XVIIIe siècle, les potiers de Jingdezhen imitèrent activement les décors Imari japonais afin de reconquérir les parts de marché gagnées par leurs concurrents japonais. Le succès de cette esthétique fut tel qu’immédiatement après la découverte de la porcelaine dure en Saxe, Johann Friedrich Böttger commença à produire à Meissen des services dans le style Imari, témoignant de l’attrait et du prestige considérables de cette palette, aussi bien en Asie qu’en Europe.