Informations supplémentaires :Le choix du chrysanthème (juhua 菊花) comme principal motif floral est riche de symbolisme. Fleur qui s’épanouit à la fin de l’automne et résiste aux premières gelées, il fait partie des « Quatre Gentilshommes » (Sijunzi 四君子) de l’art chinois, aux côtés du bambou, de l’orchidée et de la fleur de prunier, incarnant l’intégrité, la persévérance et la résilience. Au-delà de sa portée symbolique, le chrysanthème est depuis longtemps apprécié pour ses vertus médicinales apaisantes. Dans le calendrier lunaire chinois, il est l’emblème de la Fête du Double Neuf (neuvième jour du neuvième mois), au cours de laquelle il est traditionnellement consommé sous forme de vin de chrysanthème afin d’écarter les influences néfastes et de favoriser la longévité.
En numérologie chinoise, le chiffre neuf (jiǔ 九) revêt une importance primordiale. Dans la pensée métaphysique chinoise, les nombres impairs relèvent du Yang, associé à la force, à la lumière et au principe créateur. Carré du nombre Yang fondamental trois, le neuf symbolise la puissance suprême et est traditionnellement associé à l’Empereur. En outre, les mots « neuf » (jiǔ 九), « longue durée » (jiǔ 久) et « vin » (jiǔ 酒) sont des homophones parfaits. En représentant deux garçons – symboles par excellence de la continuité de la lignée familiale – vêtus de robes abondamment ornées de chrysanthèmes, cette sculpture constitue un puissant talisman de longévité, de prospérité et de rang social élevé.
La scène du porté sur le dos (piggy-back) repose également sur un subtil jeu de mots visuel. En chinois, l’action de porter quelqu’un sur son dos se dit bèi (背), homophone de bèi (辈), qui signifie « génération ». Cette scène forme ainsi l’expression bèibèi (辈辈), exprimant le souhait que la réussite, la richesse et la noblesse de la famille soient préservées et transmises de génération en génération.
William Sargent souligne que le motif d’un personnage portant un autre sur son dos constitue un sujet rare mais significatif dans le répertoire de la céramique chinoise. Cette posture est traditionnellement associée à Fu Xing (福星), le dieu taoïste du Bonheur. Généralement représenté sous les traits d’un mandarin portant un jeune garçon sur son dos, Fu Xing fait partie du célèbre groupe des Sanxing (« Trois Étoiles »), aux côtés de Lu (rang et prospérité) et de Shou (longévité). La présence de l’enfant renforce les thèmes fondamentaux de la joie familiale et de la continuité de la descendance.
L’engouement pour ce type de groupe en France au XVIIIᵉ siècle est attesté par la vente après décès, organisée à Paris en 1778, du célèbre peintre et directeur de l’Académie de France à Rome, Charles-Joseph Natoire (1700–1777). Le lot 105 y était décrit comme : « Une figure de marchand chinois portant une Chinoise sur son dos. » L’intérêt de Natoire pour les sujets chinois est également illustré par une série de douze dessins représentant des musiciens et personnages chinois, aujourd’hui conservés au musée du Louvre, Cabinet des Dessins (inv. 31233 à 31244).
Si une figure représentant une jeune femme portant un enfant sur son dos a été retrouvée dans l’épave du Geldermalsen, naufragé en 1752, la plupart des exemplaires conservés de ce sujet particulier sont exécutés en porcelaine biscuit. Ils représentent généralement des personnages vêtus de longues robes fleuries ornées de l’insigne de rang d’un mandarin civil de premier rang. Un remarquable exemplaire en biscuit provenant de la collection George Eumorfopoulos, aujourd’hui conservé au Peabody Essex Museum, est illustré par William Sargent dans The Copeland Collection: Chinese and Japanese Ceramic Figures.
Le présent groupe, exécuté en porcelaine entièrement émaillée, est beaucoup plus rare. Une autre figure entièrement émaillée, montée sur un socle vraisemblablement postérieur et provenant autrefois de la collection Goldschmidt à Berlin, fut exposée lors de la grande Exposition d’art chinois de Berlin en 1929.
Un groupe apparenté, plus complexe, comprenant une troisième figure accroupie sur une plateforme, est conservé dans les collections permanentes du Metropolitan Museum of Art de New York.